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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Jamais plus

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Février 43. Dans une prison munichoise.
Un jeune homme croupit sur une paillasse en attendant la guillotine.
Franz Weissenrabe fait partie des rares jeunes allemands qui ont dit non au nazisme, non au fascisme, non à la dictature d'un homme.


Ce jeune garçon écrit à sa mère. Il va raconter sa courte vie, et les raisons qui l'ont poussé à résister au pouvoir hitlérien.

 

Geoffrey Lopez a écrit ce récit de fiction inspiré de faits réels.
Oui, de jeunes allemands se sont soulevés. Des jeunes hommes et des jeunes femmes se sont rebellés, et ont rejoint une organisation de résistance, la Rose blanche.


C'est Antoine Fichaux qui incarne ce jeune homme ce personnages fascinant et on ne peut plus intéressant.

 

Une constatation s'impose immédiatement aux yeux des spectateurs : il a le physique de l'emploi.
Grand, mince, les cheveux châtains tirant sur le blond, les yeux bleus, il est parfait en jeune allemand enthousiaste à l'idée de faire partie des jeunesses hitlériennes.


Car l'auteur-metteur en scène a découpé sa pièce en deux parties.
Dans la première, le personnage va raconter sa première passion pour le régime fasciste arrivé au pouvoir.
C'est une idée formidable. Au départ, Franz est un pur produit de l'Allemagne nazie.
Ce jeune a adhéré au nazisme par le biais des jeunesses hitlériennes, même si sa prime jeunesse le poussait surtout vers les feux de camps, les retrouvailles avec les copains, les voyages au bord de la mer...


Mais bientôt, les choses empirent.
Franz devient lui-même un petit führer. Il devient chef d'une groupe de jeunes, qu'il rosse copieusement, pour les "endurcir".


Et puis, dans une scène bouleversante, le comédien va revêtir la tristement célèbre vareuse vert-de-gris à l'aigle nazie.

(J'en profite pour rappeler que ces uniformes SS ont été dessinés par un certain Hugo Boss, couturier de son état, et qui adhéra au nazisme dès 1931... Si si...)


Antoine Fichaux excelle à interpréter cette exaltation des débuts de sa vie.
Il nous fait comprendre les mécanismes d'endoctrinement, le lavage de cerveau, la fascination pour le chef.


Le comédien parvient parfaitement à nous faire visualiser les défilés sur Kürfürstendamm Straße, les exactions contre les boutiques tenues par les commerçants juifs, l'idolâtrerie envers Hitler.


Et puis, un événement va être le déclencheur de la révolte.
La prise de conscience.


La scénographie de Geoffrey Lopez va joliment matérialiser un important personnage. Je vous laisse découvrir par vous-même.
La deuxième partie peut débuter.


Antoine Fichaux devient plus grave, son personnage grandit très rapidement.
Il nous raconte la rencontre déterminante avec d'autres résistants, et notamment Sophie.
Le comédien est remarquable dans son appropriation d'un texte dense et intense, et dans sa capacité à nous faire détester puis aimer son personnage.

 

Le « tournant » de la pièce est parfaitement crédible, et m'a totalement convaincu.
La mise en scène de Geoffrey Lopez permet parfaitement au comédien de donner toute la mesure de son talent, sans mièvrerie aucune, sans effets superfétatoires, sans jeu exagéré.

Une vraie justesse se dégage de tout ceci.


J'ai été captivé par cette tranche de vie, cette courte trajectoire humaine d'un jeune homme qui a dit « Jamais plus », et qui pardonnera à tous ceux qui n'ont pas eu son courage et la force de résister.

De nombreux jeunes spectateurs étaient dans la salle hier. Tout comme moi, ils ont copieusement applaudi à la fin du spectacle.
Des applaudissements nourris, mais qui ne viennent pas immédiatement après le noir final.
Il nous faut du temps pour redescendre, pour reprendre nos esprits.
C'est un signe qui ne trompe pas !

Une dernière chose : il y a exactement soixante-quinze ans et une semaine que l'organisation résistante allemande la Rose blanche a été arrêtée. Tous ses membres ont alors été exécutés.


Ce spectacle leur rend un vrai et vibrant hommage.

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