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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Elle

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Non tantum habemus papam, sed etiam pontificem qui quaerit habemus !
Oui, le pape de Genet s'interroge !
Qui est-il donc ?


Cette question apparemment saugrenue va troubler ce photographe qui au petit matin est venu tirer un saint cliché à l'intention de quinze millions de fidèles d'une contrée lointaine.

 

Le pape, c'est Elle ! Elle est montée d'ailleurs sur des patins à roulettes...
Elle ira même jusqu'à penser qu'Elle pourrait être en fait un morceau de sucre que les fidèles feraient eucharistiquement dissoudre dans leur café. (Ce qui fait dire à Arias dans sa note d'intention qu'à ce compte-là, les diabétiques seraient d'infernaux hérétiques...)


C'est vous dire si Elle s'interroge, ce pape-là !


On comprend très vite que pour Jean Genet, grâce aux ors, au cérémonial, au décorum, la réalité est fabriquée et n'est pas celle que l'on croit !


Ceci ne vous rappelle rien ? Bien sûr que si !
La réalité fabriquée, c'est l'essence même du théâtre, que décrit l'auteur des Bonnes.


Elle, c'est une allégorie du théâtre, de sa tromperie, de sa fausseté qui fonctionne chaque soir, et qui rassemble les fidèles venus communier devant les officiants-célébrants-comédiens.


Genet-Arias. Une histoire commune puisque les deux se sont côtoyés, les deux ayant failli travailler ensemble.
C'est donc en terrain connu que le metteur argentin se retrouve.


La pièce, écrite en 1955 a été représentée pour la première fois de façon posthume à Parme en 1989. C'est d'ailleurs une femme, Maria Casarès, qui jouait le rôle du pape. Plus Elle, ça ferait trop !


El señor Arias va s'en donner à cœur joie.
Coiffé d'une gigantesque tiare immaculée que maintiennent en place ses deux oreilles, vêtu d'une magnifique soutane faite d'un tissu noir et blanc aux motifs batik africains pour le bas et d'une mosette quadrillée façon Arlequin psychédélique, il est vraiment très beau !

 

C'est une vraie réussite picturale, d'autant que les belles lumières crues du célèbre Jacques Rouveyrollis mettent en valeur ce beau costume.


L'Alfredo va s'en donner à cœur joie.
Le texte de Genet sera encore une fois une magnifique et jouissive source de provocation, d'insolence et de subversion. Comme chacun sait, par exemple, c'est en déféquant que le pape est pénétré de l'inspiration divine. C'est bien connu.

Qu'est-ce que ça fait du bien de voir secoués ainsi la bien-pensance et le politiquement correct !
Quatre spectateurs quitteront d'ailleurs la salle avant la fin du spectacle. Peut-être auraient-ils dû prendre quelques renseignements avant de faire le déplacement...

Nous aurons la chance de voir et d'écouter chanter Alejandra Radano qui interprétera un texte de Pasolini rajouté en guise de post-scriptum. La comédienne incarnera auparavant le photographe en uniforme noir à culotte de cheval. Un uniforme très évocateur.

Adriana Pegueroles sera un huissier très hiératique, en queue-de-pie, chargé d'annoncer les hauts-faits d'Elle.

Quant à Mario Montes, il sera un prélat grand pêcheur devant l'éternel (oui oui, avec un accent circonflexe. Aussi...), avec sous son manteau rouge une ceinture de poissons ballotants comme les bananes de Joséphine Baker, sans oublier porte-jarretelles et bas tout aussi vermillons.
La pourpre cardinalice en prend un sacré coup et c'est tant mieux.

Alfredo Arias nous propose donc un spectacle millésimé grand cru.
La pièce de Genet n'a pas pris une ride.
D'ailleurs, j'ai trouvé une ressemblance physique assez flagrante avec un certain Jorge Mario Bergoglio.
Les origines argentines doivent expliquer ceci...


Arias noster, qui non es in coelis, sanctificetur nomen tuum !
Ita, missa est !

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