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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Claudel

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Ce n'est pas parce qu'on est Australienne qu'on ne pourrait pas s'intéresser au destin tragique de Camille Claudel.
Wendy Beckett nous propose un superbe spectacle consacré à la vie de cette artiste majeure, si injustement traitée.


Superbe d'un pont de vue dramaturgique.
Superbe d'un point de vue formel.


Nous sommes accueillis d'emblée dans un atelier artistique. Un atelier de sculpture, bien entendu.
En fond de scène est tendu un rideau avec de grands festons aspergés de peinture évoquant les teintes de la terre, du marbre, du bronze.


Le très beau camaïeu de gris des décors, des costumes (les blouses d'artistes sont magnifiques), des accessoires, ce camaïeu évoque le rapport à la glaise, à l'argile.


Trois jeunes étudiants, dont Camille Claudel, attendent le professeur Boucher, pour leur cours.
Ce jour-là, il sera remplacé par le professeur Rodin. Tout va s'enclencher.


Sur le plateau, nous verrons non seulement des comédiens, mais également des œuvres en cours de création ou achevées.
Wendy Beckett a eu l'excellente et lumineuse idée de faire incarner ces sculptures par trois danseurs contemporains, couverts eux aussi de gris.


Dans des chorégraphies très lentes que l'on doit à Meryl Tankard, ou dans des poses figées, très étudiées, ils évoqueront la sensualité propre à cet art majeur.
La sensualité des corps des modèles, la sensualité de la matière première qu'on pétrit, qu'on frappe, qu'on écrase, qu'on modèle, qu'on caresse.
Ces scènes seront magnifiques, dégageant une vraie beauté plastique.


Tout au long de la pièce, la vie de l'artiste sera évoquée, les relations avec Auguste Rodin nous seront exposées sans concession.
Comme seront décrits les rapports exécrables entre Camille et sa mère.
Le frère Paul sera également présent.


Ce seront surtout ces deux sortes de relations qui seront développées par l'auteure-metteure en scène.
Il s'agit ici de montrer ces tensions permanentes entre deux artistes d'une part et entre membres d'une famille pour le moins tourmentée d'autre part.


Célia Catalifo incarne magistralement Camille Claudel. Quelle interprétation !
La comédienne nous fait totalement croire à cette femme au destin hors du commun.
De l'atelier des Beaux-arts à l'asile, elle sera l'artiste. Elle a su insuffler au personnage cette fougue, cette passion, cet esprit rebelle, ce caractère on ne peut plus trempé, cette détermination sans concession propre à la créatrice.


Elle sera également déchirante lors des dernières scènes, hurlant le désespoir, la détresse, l'aliénation du personnage.

Elle nous questionne ainsi sur la distance séparant la folie du génie.
Melle Catalifo m'a bouleversé !


Swan Demarsan est un Rodin totalement convaincant, arrivant dans de magnifiques pèlerine, largeot et coltin (de la maison Le Laboureur) de couleur marron. La silhouette est parfaite, tout comme le sera le jeu du comédien.
Le duo fonctionne vraiment, l'évolution de leur histoire est très crédible.

 

Christine Gagnepain est une Mme Claudel mère on ne peut plus repoussante, détestable et inflexible, corsetée dans sa terrible morale judéo-chrétienne. Son personnage est magnifiquement repoussant !


Paul est interprété par Clovis Fouin, dans un rôle assez ambigu.
Il nous fera beaucoup rire, notamment en découvrant un modèle en très petite tenue, et prenant alors une pose que je ne décrirai volontairement pas. C'est très drôle !


Ainsi donc, ce spectacle est un véritable hommage rendu à une créatrice qui reste encore un véritable symbole pour les artistes féminines.
L'histoire tragique de Camille Claudel fait partie de celles qui ne peuvent laisser personne indifférent.

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