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Miracle en Alabama

(c) Photo Y.P. -

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« Sweet home Alabama », chantait le groupe de rock sudiste Lynyrd Skynyrd.
Nous y sommes, dans l'Alabama, mais dans un home pas si sweet que cela !


1887. Nous voici chez le Capitaine Keller, qui regrette encore la défaite des troupes confédérées.
Sa femme et lui sont les parents d'Hélène, une enfant devenue sourde et aveugle à la suite d'une congestion cérébrale en très bas âge.
La petite est en quelque sorte une "enfant sauvage", ses parents étant complètement démunis pour lui assurer une quelconque éducation.
Trop d'amour, trop de déni, trop d'impuissance à signifier un « non », trop de sur-protection, trop de fatalisme...


La couple décide de faire appel à une institutrice particulière, en la personne de Melle Annie Sullivan.
Aux yeux du Capitaine, elle a néanmoins deux défauts majeurs : non seulement c'est une femme, mais c'est une femme yankee, une fille du nord !


Annie comprendra très rapidement les données du problème, et n'aura de cesse que de vouloir communiquer avec Hélène, et lui enseigner un langage.
Le processus sera difficile et long, fait d'avancées significatives, mais également de reculs.


Pierre Val a adapté le roman de William Gibson, qui raconte une histoire vraie.
Pendant les cent cinq minutes de la pièce, j'ai été purement et simplement captivé !
Impossible de décrocher devant ce suspens qui se met très rapidement en place : l'instit' parviendra-t-elle à ses fins ? Bien entendu, je ne détaillerai pas plus avant les ressorts dramaturgiques de l'intrigue !


Sur le plateau, les six comédiens font preuve d'une vraie justesse. Chacun déroule sa partition singulière tout en participant à un très beau et très cohérent moment.


Clara Brice jouait hier soir Hélène. Ce que fait la jeune comédienne est prodigieux !
Elle est cette petite sourde et aveugle, et ce, de façon saisissante. Présente de façon quasi-permanente sur la scène, pratiquement à aucun moment elle ne se départit du caractère « sauvage » du personnage, trépignant, se roulant par terre, en proie parfois à des crises violentes.
La comédienne est stupéfiante de réalisme et de vérité. Quelle rare et intense interprétation ! Elle force l'admiration !


Le couple de parents est lui aussi on ne peut plus crédible.
Lui, c'est Pierre Val, dans un registre d'homme intransigeant, sans concession, mais finalement bien obligé de céder à la gent féminine.
Elle, c'est Valérie Alane, qui joue de façon très pertinente la maman qui a renoncé à éduquer sa fille, impuissante qu'elle était à imposer des limites et un cadre.


Melle Annie est remarquablement interprétée par Stéphanie Hédin, tour à tour investie, enthousiaste, abattue, rongée par les souvenirs et le doute. La comédienne est parfaite dans la peau de ce beau personnage féminin, elle sait donner à son personnage une force mais aussi une réelle fragilité.


Julien Crampon est un fils tout à fait convaincant, passant d'un féroce cynisme à une forme de dépassement du conflit avec son père.

Marie-Christine est une tante truculente et haute en couleurs, qui m'a fait rire. Car oui, on rit aussi, dans cette pièce.

Pierre Val, qui met également en scène, a su éviter tout misérabilisme. Le sujet est difficile et « casse-gueule » : rien n'aurait été pire que de faire de son adaptation un mélo à tirer les larmes à bon compte. Ici, il n'en est rien !
Se basant sur la scénographie épurée d'Alain Lagarde, il se sert d'un rideau de tulle et de quelques projections stylisées pour représenter les différents lieux de l'action.
Avec très peu de moyens, nous savons en permanence où nous sommes.
La direction d'acteurs est précise et efficace. Les scènes de « lutte » entre Miss Annie et Hélène sont totalement crédibles et justes.

Bien entendu, même si nous ne sommes pas devant une pièce à thèse, chaque spectateur sera renvoyé à son rapport à l'éducation, aux difficultés d'apprendre, même lorsque le handicap ne vient pas compliquer le processus.

C'est donc un très beau moment de théâtre qui nous est proposé.
C'est une pièce qui ne cherche pas à racoler, bien au contraire. Nous sommes dans l'empathie totale avec ces personnages attachants qui nous sont dépeints avec subtilité.

Je suis ressorti du La Bruyère en n'ayant qu'une envie : me plonger dans le bouquin adapté par Pierre Val.

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