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Les forçats de la route

(c) Photo Y.P. -

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Vas y Nicolas ! Allume la mèche ! Emmène la braquasse, mets la grande soucoupe  ! Envoie dans la moulure !


Pour sûr, Nicolas Lormeau nous livre au Studio-Théâtre une performance quasi sportive !
Un singulis d'une heure et trente minutes, je pense qu'il s'agit bien là du record de la maison.


Pour ce passionné de vélo (je me suis laissé dire qu'il avait déjà emporté le sien dans le camion des décors lors d'une précédente tournée), pour ce passionné de la petite reine, donc, quoi de plus naturel et logique que de concevoir ce spectacle autour de l'interprétation du livre d'Albert Londres.


Ces Forçats de la route, ce sont les coureurs cyclistes de la dix-huitième édition du Tour de France.
Albert Londres couvrait alors l'événement pour le journal « Le petit Parisien ».


Le comédien incarne ce célèbre reporter qui raconte, qui décrit, qui informe de la façon la plus rigoureuse qui soit ses lecteurs.
Il s'agit de rendre compte. Et plus précisément de révéler au monde la souffrance qu'on fait s'infliger à ces surhommes de 1924.

 

Et l'on comprend immédiatement l'emploi du substantif « forçats ».
Oui, ce premier Tour, c'est le bagne !

Les routes en piteux état, les vélos rustiques, les crevaisons, la boue, la poussière, le peu de temps de récupération, et la longueur des étapes, autant de paramètres épouvantables !


Imaginez cette étape d'une distance de 412 kilomètres (oui, vous avez bien lu...) : départ à 22h00 de Brest, pour arriver le lendemain à 18h00 aux Sables d'Olonne ! Inhumain !


Et ce n'est rien par rapport à l'étape pyrénéenne, avec les terribles cols d'Aubisque et du Tourmalet !
 

Le reporter ne nous cache rien, même les procédés « médicamenteux »  (la « dynamite ») utilisés par certains : cocaïne pour les yeux, chloroforme pour les gencives, etc, etc...


Nicolas Lormeau nous la fait pleinement ressentir, cette souffrance.

On a mal pour ces coureurs qui en bavent comme personne, en n'étant que très peu considérés par l'organisation de la course.

Il sait ce que c'est que d'avoir « le cul sur une selle », lui.
Nous, nous n'avons pas besoin d'être des pédaleurs du dimanche : ce qu'il nous dit et comment il le dit est suffisamment éloquent !

Il a disposé un lit côté cour, ce qui lui permettra de symboliser l'incommensurable fatigue, et le peu de repos accordé.


Mais il est également très drôle. On connaît sa vis comica !
Il vit le texte pleinement, il incarne tous les personnages évoqués, avec une multitude de registres de voix, d'intonations, d'accents également.


Non seulement il a du digérer et mémoriser un texte pas si évident que cela, mais il doit se rappeler en permanence l'ordre de ses imitations, de ses changements de voix !
Un vrai régal.


Nous rions également grâce à la langue qu'utilise Albert Londres, parfois très humoristique, avec des formules plus imagées les unes que les autres.


Avec ce seul en scène, Nicolas Lormeau, grâce à Albert Londres, nous fait comprendre que le Tour de France, ce n'est pas seulement une épreuve sportive.
En remontant à ce dix-huitième Tour de 1924, il nous entraîne dans une véritable mythologie, avec ses Dieux et ses Héros : les frères Pélissier, Rho, Alavoine, Cuvelier, Bottechia (le premier vainqueur), et bien d'autres...

Il n'est alors plus simplement question de sport.
Il est question d'hommes qui veulent se dépasser, et font adhérer toute une partie d'un peuple dans une aventure collective extra-ordinaire.

On l'aura compris, Nicolas Lormeau fume la pipe, et fait parler la classe.
Traduction pour les non-initiés : le comédien est on ne peut plus en forme et nous propose un épatant moment de théâtre.

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F
Bonjour, <br /> je viens de voir le spectacle 'les forçats de la route", il s'agit des textes du journaliste Albert Londres suivant les 15 étapes du Tour de France 1924 mis en scène au studio théatre de la comédie française par N. Lormeau. c'est un magnifique hommage à ces héros du sport, chez qui souffrance, effort cotoyaient flamboyance et humour. c'est drole, tendre, émouvant.<br /> la beauté des textes et l'implication du comédien nous fait déborder d'amour pour ces hommes incroyables et questionnent le sens de tout acte sportif...<br /> on a rarement aussi bien parlé de sport
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