Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Le cercle de Whitechapel

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Aimez-vous Bram ?


Mais oui, Bram Stocker, ci-devant directeur d'un théâtre londonien à l'époque victorienne.
Aimez-vous Sir Arthur Conan Doyle, le papa du célèbre héros détective Sherlock Holmes ?
Appréciez-vous Georges Bernard Shaw, le journaliste et critique théâtral ?
En pincez-vous pour Mary Lawson, première femme britannique médecin ?


Aimez-vous enfin Sir Herbert Greville, qui deviendra patron de Scotland Yard, et qui va réunir les quatre sus-nommés afin qu'ils puissent unir leurs talents et leurs intelligences respectifs dans le but de mettre un terme aux sanglants agissements du tristement fameux Jack L'éventreur ?
Moi, c'est le cas !


C'est aussi ce qu'a pensé Julien Lefebvre, l'auteur de cette pièce très originale et très réussie, qui a choisi cet étonnant point de départ pour mener ensuite à bien son intrigue.


On s'en doute, il s'agit ici de ce qu'Hitchcok désignait par le terme de « Whodunit », un « qui-l'a-fait », à savoir "qui est le coupable", qu'il faut démasquer si possible à la fin du spectacle.


Nous voici donc devant un splendide décor que l'on doit à Margaux Van des Plas et Corentin Richard, représentant l'intérieur d'une masure en plein quartier mal famé de Whitechapel, dans l'est londonien.
Dans cette intrigue, nous allons assister à une enquête policière extra-ordinaire, dans laquelle l'auteur a semé beaucoup de fausses pistes et quelques chausse-trappes.


Bien entendu, les progrès de la science et la logique propre à Conan Doyle triompheront et le serial-killer sera confondu !
(la figure logique du Rasoir D'Ockham récurrente dans toutes les aventures de Holmes sera bel et bien présente : quand toutes les hypothèse évidentes se révèlent fausses, la seule solution possible, même improbable, est la bonne.)


Les comédiens sur le plateau forment un quintet on ne peut plus homogène et cohérent.


Nous sommes immédiatement plongés dans l'atmosphère et l'intrigue.
Nous n'en échapperons pas. Ils nous tiennent et ne nous lâcheront plus.


Jérôme Paquatte campe un Bram Stocker haut en couleurs, fort en gueule. Le comédien vitupère, plastronne, se montre exubérant, le tout pour notre plus grand plaisir. Il est tout en démonstration, tout en volubilité. Il est vraiment très drôle.


Stéphanie Bassibey est Mary Lawson, qu'elle joue très féministe, très suffragette, tout en révolte contre ces soit-disant mâles dominants qui accaparent tous les pouvoirs.
Elle est très convaincante.


Sir Hubert Gréville est interprété par Pierre-Arnaud Juin, et Georges Bernard Shaw par Nicolas Saint-Georges. Ce sont eux qui ont la partition la moins évidente, car leurs personnages sont plus en nuances et plus ambivalents que les trois autres. Eux aussi sont excellents.


Et puis il y a Ludovic Laroche, dans la peau du papa de Holmes et Watson.
Il est tout simplement parfait, tout en subtilité, en finesse pour incarner le logicien du 221 Baker Street.
Le comédien parvient à distiller une belle once de malice, d'espièglerie, d'intelligence et de fierté à son personnage.
Ne manquez pas son dernier regard, tout juste avant le noir final ! C'est un bonheur !


La mise en scène de Jean-Laurent Livi est précise et alerte. On ne s'ennuie pas un seul instant, y compris dans les scènes d'assez longs dialogues. (Il faut bien faire avancer l'action...)
Il a su équilibrer tous les rôles, évitant de tomber dans le piège de la succession de numéros.
Ici règne un très bel ensemble.


On l'aura compris, cette comédie est donc un très bon moment de théâtre. Un moment original, drôle, et qui nous permet de participer en essayant nous aussi de deviner le fin mot de cette horrible histoire de mass-murder.

Elémentaire, mon cher Watson ? Non, justement. Et c'est tant mieux !

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article