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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Saigon

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

« Saigon. Every Morning, I wake up in Saigon... »
Voici les premiers mots du Capitaine Willard, dans Apocalypse Now.
Saigon.


Il est des villes emblématiques, qui évoquent la colonisation, l'occupation, les souffrances individuelles et collectives.


Saigon, devenue Ho-Chi-Minh-Ville, capitale de la République du Vietnam, après la partition du pays à la fin de la guerre d'Indochine, Saigon est de ces villes-là.


Le propos de l'auteure et metteure en scène Caroline Guiela Nguyen et de la compagnie Les hommes approximatifs est de raconter des départs, des exils, des absences, et d'établir des passerelles entre cette ville tellement meurtrie, et Paris, lieu d'accueil de ces migrants. (Oui, on savait accueillir, à l'époque. Suivez mon regard...)


1956-1996
Des allers-retours temporels et géographiques entre ces deux villes et ces deux années.
Des multiples destins vont se croiser.
Des destins brisés, des destins de migrants, d'expatriés (les Viet-kieuts), des destins d'absences et d'abandon.


La mise en scène de l'auteure est toute en subtilité.
Les transitions entre les époques et les lieux sont assurées se manière très intelligente et très délicate.
Tout fonctionne à la perfection, nous savons en permanence pendant ces trois heures et trente minutes où nous en sommes.


Nous allons être totalement pris par ces histoires bouleversantes-là.
Alors, bien évidemment, tout ceci va relever du mélo-drame.

Comme nous l'apprendrons à la toute fin de la pièce, « Au Vietnam, c'est comme ça que l'on raconte les histoires. Avec beaucoup de larmes. »


Des larmes, il y en aura beaucoup sur le plateau, et je dois vous avouer, que par moment, votre serviteur n'en menait pas large...
Il faut une grande maîtrise de son art pour ne pas tomber dans un ridicule achevé ou un pathos de mauvais aloi.

Ici, il n'en est rien. Ici, tout est maîtrisé.


Les comédiens, français et vietnamiens, sont pour beaucoup dans cette réussite totale : tout est joué avec une vraie justesse, tous sont crédibles dans des rôles difficiles et assurément casse-gueule.
Les dialogues en Français et en Vietnamien sous-titré contribuent eux-aussi à assurer cette justesse et cette vraie émotion qui se dégage en permanence.
Les mots collent au plus près de ces histoires pathétiques, au sens noble du terme.


Mais nous allons rire également, notamment grâce à Anh Tran Nghia, la Marie-Antoinette patronne du restaurant éponyme, le Saigon.
D'une rare fraîcheur, avec truculence, spontanéité et drôlerie, elle campe un personnage haut en couleur.
Elle se montrera également déchirante, lors d'une scène on ne peut plus forte.

Une véritable révélation !


On l'aura compris, Caroline Guiela-Nguyien nous raconte des destinées qui l'ont touchée. On ne peut pas partir du néant pour écrire une telle pièce.
Elle réussit de bien belle manière à nous transmettre cette réelle émotion. Je ne suis pas prêt d'oublier Linh, Mai, Antoine, Hao, Edouard et les autres personnages, tous plus attachants les uns que les autres.


Faut-il rappeler qu'à Avignon, l'été dernier, cette pièce a été applaudie debout par le public de la cour d'honneur du palais des papes ?


Hier encore, sur le comptoir du bar du Saigon, le maneki-neko, le petit chat doré du bonheur, n'a pas arrêté de bouger sa patte gauche. Nous étions invités à un grand moment de théâtre.

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