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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Le souper

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Une leçon !

J'ai assisté à une leçon de théâtre !


Une leçon d'interprétation, une leçon d'appropriation d'un texte.
Une démonstration : le métier de comédien expliqué en moins d'une heure trente.
Ce qui se joue sur le plateau du Poche Montparnasse dans ce Souper de Jean-Claude Brisville, ce qui se joue-là relève du grand art, et dépasse le pur et trop simpliste cadre de la dimension " papa et son fils sont sur scène ".


Ici, deux grands comédiens s'emparent d'une pièce en devenant purement et simplement Talleyrand et Fouché, ces deux « monstres » historiques que tout ou presque oppose.


7 juillet 1815.
La France (ou ce qu'il en reste) se cherche un nouveau régime après la pâtée infligée à l'ogre corse sur la plaine pas si morne que cela de Waterloo.
Talleyrand invite Fouché à un souper dans lequel ces deux-là vont s'appliquer non sans mal à écrire l'histoire immédiate du pays.
Une intense et acharnée négociation va s'instaurer entre le diable boiteux et le duc d'Otrante.


Sur la scène, un capharnaüm attend le public, au milieu duquel trône une table dressée, avec deux chaises face à face, comme il se doit.
Les deux comédiens entrent tour à tour en scène.

L'un des principaux enjeux dramaturgiques va être de mettre en avant de façon la plus subtile qui soit les différences de caractère, de classe sociale, de philosophie politique et de conception du Pouvoir qui existent entre ces deux-là.
Les Mesguich excellent à ce grand jeu !


Les voix d'abord.
Daniel est tout en mezzo-voce, chuchotant presque, parfois dans un ton patelin, chafouin, dans la provocation toujours en sourdine et en demi-teinte.
William quant à lui est plus en force, avec un timbre et un volume plus affirmés, plus direct, plus « rentre-dedans ».
C'est un bonheur de les écouter.
Je me suis « amusé » à fermer les yeux afin de faire abstraction des costumes, du décor.
Cette différence devient alors encore plus évidente.
C'est du grand art.


Ensuite, la sagesse populaire disant que « le diable se cache dans les détails », tous les gestes, les attitudes, les subtilités dans leurs différentes façons de bouger, de manger, tout ceci est absolument jouissif à observer.


Et puis, il y a cette osmose entre les deux hommes : les liens du sang, sans aucun doute, mais surtout les liens du métier, les liens de l'art, du jeu, ces liens-là explosent à la figure des spectateurs.
Ces façons de rebondir sur une réplique, ces ruptures, ces manières de regarder, d'observer l'autre, d'attendre ou devancer légèrement son partenaire, c'est un pur régal.


Toutes les subtilités de la très belle langue de Brisville sont ainsi mises en exergue.
Les bons mots de l'auteur (il y en a beaucoup, et certains qui déclenchent des rires nourris) sont ainsi servis sur un plateau d'argent.


Il faut également tirer un coup de chapeau à Dominique Louis pour ses costumes.
Je donnerais cher pour enfiler le gilet, le jabot et la redingote noirs de Joseph Fouché.


Aux saluts, les spectateurs applaudissent longtemps, en rythme. Les « Bravo » fusent de toute part.
Ce n'est que justice.
Comment pourrait-il en être autrement ?


Ce souper on ne peut plus fin est un autre spectacle incontournable de l'hiver.

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Je vous conseille, dans les jours qui suivent, l'interview webradio que m'ont accordée Daniel et William Mesguich. Ils reviennent sur ce spectacle de la plus passionnante des façons.

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