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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Seul Alceste

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Voici une entreprise théâtrale on ne peut plus intéressante !
A tel point que je me suis demandé pourquoi personne à ma connaissance n'en avait eu auparavant l'idée.


Alceste est seul sur le plateau.
L'homme aux rubans verts a rejoint son désert.


Désert au sens propre ou désert intérieur ? Les deux ?
Il est seul. Définitivement seul. Il n'est donc plus prisonnier que de lui même.

Ici, il ne s'agit pas d'une suite du Misanthrope, comme dans « Célimène et le cardinal », la pièce de Jacques Rampal. C'est autre chose.


Cet homme blessé va se remémorer tous les événements qui l'ont conduit à sa situation actuelle. Il se souvient, de ce qu'il a dit, et peut-être surtout de ce qu'on lui a répondu.


Alexandre Camerlo est cet Alceste-là. Le comédien, au visage tendu, sévère, en habit, hauts de chausses et bas blancs, va dire les alexandrins de Molière, ceux que tout le monde connaît. Pas un pied ne sera changé, dans la sélection des passages que le comédien prononcera.
Les souvenirs, les paroles de ceux qu'il a côtoyés, Célimène, Philinte, Oronte, Eliante, Acaste et Clitandre, tout ceci sera porté par des enregistrements de voix-off.


L'enjeu dramaturgique est bien là. Le comédien est aussi seul que son personnage, il doit faire avec.
Alexandre Camerlo est absolument captivant, dans cet exercice périlleux.

Il est d'une justesse et d'une vérité absolues. Il est purement et simplement Alceste.


Il nous fait magistralement oublier les vers de douze pieds, tout ceci roule, coule de source, tout ceci semble aller de soi.

 

Des difficultés se présentent à lui, bien entendu.
Ici, on ne regarde que lui.

Pendant ces soixante minutes que dure son spectacle, il doit en permanence attirer l'attention sur lui. Impossible pour lui de « rebondir » physiquement sur le jeu de ses camarades de jeu, impossible de souffler un peu.


De plus, il doit caler ses propres tirades sur les répliques des fichiers-sons enregistrés.
Heureusement, une technicienne-son en régie déclenche au bon moment telle ou telle intervention.


Si ça fonctionne ? A la perfection.
Nous sommes vraiment plongés dans la pièce par le biais de ces souvenirs, de ces réminiscences.

La choix des passages est très judicieux.
C'est un vrai bonheur que de se replonger dans cette langue admirable, dans ce texte tellement intemporel et universel, et de retrouver la psyché de cet homme qui souffre, qui ne sait probablement pas être heureux.
Mais lui a-t-on jamais appris à l'être, heureux ?

Voici donc un seul en scène qui non seulement nous fait retrouver l'un des plus beaux personnages du patrimoine théâtral français et sans aucun doute mondial, mais qui nous fait également réfléchir sur la perception que cet homme peut avoir de ses agissements passés.
Bien entendu, la fonction miroir du théâtre fait que nous aussi ne pouvons que nous interroger, au sortir du Guichet Montparnasse, sur cette épineuse question de la relecture de notre propre passé.

Je recommande vivement ce Seul Alceste !

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Bien entendu, interpellé par l'originalité du propos, j'ai eu envie d'en savoir un peu plus.
C'est pourquoi, j'ai pris vingt minutes du temps d'Alexandre Camerlo pour lui poser quelques questions, juste après la représentation.
Cette interview radio vous sera proposée dans les jours qui suivent.

 

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