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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Penser qu'on ne pense à rien c'est déjà penser à quelque chose

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Stop ! On arrête tout !
Tout a été déjà dit et redit !
Rien de ce qui sera donc écrit aujourd'hui ne sera neuf ou original...
Tout a déjà été dit, vous dis-je !


C'est en tout cas le postulat de Paulbert et Gérald, deux cousins un peu paumés qui tiennent une boutique dès lors indispensable : le premier écrit des conversations originales que le deuxième et lui répètent afin de les vendre.


Le grain de sable de leur belle mécanique prendra la forme de Barbara, une jeune femme qui débarquera dans leur magasin et dans leurs vies comme un chien dans un jeu de quilles, forçant les deux garçons eux aussi à douter.

Elle, son truc, c'est de s'interroger sur le temps qui passe, le passé, le futur, le début, la fin de tout ça, etc, etc...
Parce qu'elle va mourir très prochainement, alors forcément, la mort sera également présente dans les débats.


Voici donc une comédie douce-amère de Pierre Bénézit. Une plongée dans un monde à la fois parallèle, loufoque et poétique.


Nos certitudes vont être bouleversées, et nous allons nous interroger : comprenons-nous vraiment le monde dans lequel nous vivons ?
Chaque personnage et nous-mêmes repartirons-nous avec les mêmes certitudes ?


D'ailleurs, ces personnages existent-ils vraiment, ou sont-ils le fruit de nos imaginations collectives ?
Serions-nous ces personnages ?
Allez savoir !


Bénézit nous propose un texte brillant, incisif, drôle, avec de sacrées formules à l'emporte-pièce.
On rit beaucoup parce que les personnages nous balancent ce qu'ils croient être des messages définitifs, des vérités absolues.
Leur univers est un univers de certitudes qu'ils sont fiers de nous asséner.
La révélation par Gérald des grands mystères de l'humanité, comme celui de la Joconde, de Jésus ou encore des pyramides participe à cet espace de non-doute.

Et nous, de nous dire : bon sang, mais c'est bien sûr, comment n'y avais-je pas pensé ?


Cet univers décalé, burlesque est exprimé par le texte, mais également et peut-être surtout par un trio de comédiens très proches de l'auteur.


Anne Girouard (le désopilante Guenièvre de la série Kaamelott), Olivier Broche (que j'adorais chez les Deschiens, et récemment dans la pièce Moi et François Mitterrand), ainsi que Vincent Debost (par ailleurs metteur en scène de Deux frères et les lions), ces trois-là s'en donnent à cœur joie.


Ils sont désopilants dans leur façon d'exprimer le décalage avec la réalité. Ils jouent tour à tour les naïfs, les tendres, les bourrus, les innocents, parfois.
Tous sont très à l'aise dans cet univers surréaliste et en même temps on ne peut plus logique.
Olivier Broche m'a une nouvelle fois fait éclater de rire, avec son léger zézaiement et sa gestuelle très particulière.

Voici donc un bien beau moment qui nous est proposé au théâtre de Belleville.
Un moment loufoque, poétique et drôle dans lequel nos certitudes vacillent.

 

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