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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Orphée et Eurydice à bicyclette

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Saviez-vous qu'Orphée était né sur l'île d'Ouessant ?
Et qu'il existait un rapport certain entre les bas de contention et les hauts de Hurlevent ?

Si si ! Puisqu'ils nous le disent !
« Ils », ce sont Bernard et Jeanine, qui sont partis de bon matin, qui sont partis sur les chemins, à bicyclette !


Et pourquoi, je vous prie ?
Tout simplement pour sauver le monde en racontant à l'humanité entière l'histoire d'Orphée et d'Eurydice.
Parce que c'est vrai, quoi, y'en a marre, de vouloir toujours regarder en arrière !


Voici en quelques lignes le propos du nouveau spectacle de Pierre Leriq, fondateur et directeur artistique de la compagnie Les épis noirs.
Après s'être précédemment emparé de façon drôlissime de bien des mythes, il « remet le couvert » avec celui d'Orphée.


Ici, une vraie opposition règne entre les mortels Bernard et Jeanine et le héros et sa dryade.


Les deux cyclistes se pavanent, se rengorgent, voulant absolument s'élever, prendre de la hauteur de façon plus ou moins maladroite et souvent ridicule. Les immortels, eux, semblent vouloir se démystifier en permanence.


On aura compris que règne une sorte de lutte, à la fois extérieure et intérieure : chaque personnage va se débattre comme il peut.


Le théâtre de Leriq est un théâtre iconoclaste, un peu à la Monty Python.

On rit énormément des péripéties souvent musicales qui se déroulent devant nos yeux.


Les deux comédiens, le patron en personne, et Marie Réache, sont irrésistibles.
On peut dire qu'ils se démènent, sur scène ! Sur leurs vélos, certes, mais également à la guitare et à l'accordéon.

 

Ces deux aèdes déjantés nous content ce chant quasi homérique. Il y a comme une dimension enfantine dans ce théâtre-là. « On dirait que je serais Orphée, on dirait que tu serais Eurydice... »

 

Les chansons sont très décalées, bourrées de calembours et autres coquecigrues...
La mise en scène de Manon Andersen insuffle parfaitement cet esprit « apparemment » foutraque.
Vous aurez évidemment remarqué que j'avais écrit « apparemment » entre guillemets, il va de soi, c'est très visible, que tout ceci est réglé au millimètre.


Bernard-Pierre et Jeannine-Marie s'adressent à nous, nous apostrophent.
Le quatrième mur vole en éclat, nous participons, à grands coups de Glou-Glous !


Un élément dramaturgique important est constitué d'un grand cadre lumineux sur roulettes, avec lequel les deux complices jouent de très judicieuse façon.


Voici donc un spectacle assez inclassable, qui ne ressemble à aucun autre, avec une patte reconnaissable entre toutes.


Agitez dans un grand shaker théâtre, chanson et bicyclette et vous obtenez grâce à Pierre Leriq et Marie Réache un coktail jubilatoire et détonant, au goût de revenez-y !


C'est certain, vous ne regarderez plus au musée du Louvre le tableau de Nicolas Poussin intitulé « Le paysage d'Orphée et Eurydice » de la même façon.
Une toile qui manque cruellement de vélos, au passage...

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