Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Le tour du théâtre en quatre-vingts minutes

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Il nous attend de pied ferme, dans la salle du Poche-Montparnasse.
En habit fin-XVIIème siècle, il se prépare à jouer.


Christophe Barbier se maquille et se coiffe méticuleusement, tout en faisant mine de repasser son texte.
La perruque est posée à portée de main, sur un crâne. Un bien beau symbole.


Et le voici prêt pour ce Tour du théâtre en quatre-vingts minutes, un spectacle composé de deux parties bien distinctes.


Si l'on connaît évidemment l'homme à l'écharpe rouge journaliste, éditorialiste, on connaît en revanche beaucoup moins le Barbier comédien.
C'est un tort.


Durant quarante-cinq minutes, celui qui joua à l'âge de dix-sept ans Cyrano dans son lycée, en Haute-Savoie, celui-là va littéralement subjuguer le public, à raconter ce que vit un comédien, ce qu'il endure, ce qui se passe dans sa tête.


Seront évoqués devant nous le quotidien pas toujours évident, les moments-clefs du métier, le maquillage, le trac, le trou de mémoire, mais aussi l'orgasme des bravi, des rappels, j'en passe et non des moindres.


Il a lui-même écrit le texte qui comporte des moments fort drôles, mais aussi poétiques ou émouvants.

Le passage concernant cet objet mythique qu'est le brigadier est un de ceux-là, tout empreint de poésie et d'émotion.


L'écriture vive, imagée, parfois truculente, est matière pour le comédien à bien des effets théâtraux, toujours justes, jamais surjoués.
Il m'a vraiment captivé, je ne m'attendais pas du tout à être emmené dans ce vrai voyage dramaturgique qu'est ce seul-en-scène.

Un voyage « à rebours », puisqu'au fur et à mesure qu'il joue, le personnage va se défaire de son costume et de son maquillage pour devenir le conférencier de la seconde partie du spectacle.

Car c'est ce qui nous attend.
Christophe Barbier va – brillamment – nous exposer, avec le talent d'orateur et de pédagogue qu'on lui connaît (même si l'on ne partage pas ses convictions politiques), il va nous exposer les relations tumultueuses qu'entretient le théâtre avec la politique, justement, et la religion depuis deux mille cinq cents ans, depuis le tout premier comédien, Thespis, qui dit-on inventa la tragédie.

Nous sera rapportée une multitude de faits historiques, d'anecdotes savoureuses et autres succulentes petites histoires de la grande histoire théâtrale.
La confrontation entre Melle Mars et Victor Hugo, par exemple, est un moment purement jubilatoire du spectacle.

 

J'aurais sans doute personnellement aimé que fût développée un peu plus l'histoire universelle du théâtre, et non pas seulement l'histoire française, j'aurais aimé que fussent mentionnés Shakespeare, Tchekhov, Garcia Lorca, Strindberg, et consorts.

Il est évident qu'il a fallu faire des choix, et ce sera assurément pour un prochain spectacle.

Quoi qu'il en soit, on l'aura compris, c'est un bien beau moment de théâtre, et de théâtre dans le théâtre que M. Barbier nous propose.
Un homme nous parle de sa passion et sait nous la fait partager.


Les gens passionnés sont de plus en plus rares. Il faut en profiter.

---------

A l'issue du spectacle, j'ai interviewé Christophe Barbier.
Un amoureux-fou du théâtre, vous dis-je.
Ce sera pour les jours qui viennent.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article