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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Le temps qui reste

(c) Photo Y. P. -

(c) Photo Y. P. -

Voici une comédie douce-amère de fort belle facture, et de bien bonne tenue !


C'est Philippe Lellouche qui est à l'écriture.
Si le sujet n'est pas neuf (les trois meilleurs potes et la veuve d'un dénommé Max se retrouvent après son enterrement), en revanche, le développement et le traitement du sujet de cette pièce sont assez remarquables.


Ici, une question centrale va se poser tout au long de cette heure et quart, un peu comme une épée de Damoclès sur la tête des comédiens et peut-être surtout sur celle des spectateurs : que faire du temps qui nous reste à vivre, surtout lorsqu'on a atteint la cinquantaine.


Au cours de cette après-midi post-inhumation, les quatre hommes et femme vont avoir beaucoup de choses à dire. Bien des révélations seront énoncées.


Nicolas Briançon met en scène la petite troupe.
Tout comme dans sa dernière pièce « Faisons un rêve » de Guitry, qu'il dirigea ici même à la Madeleine , voici quelques semaines, Briançon sait exactement où placer le curseur.


Cet homme sait on ne peut plus précisément où aller dans le « ni trop ni trop peu » et parvient à faire beaucoup rire sans jamais tomber dans un rire gras ou grossier, sans jamais tomber dans la caricature.

 

Un autre que lui aurait pu obtenir des résultats catastrophiques en terme de mauvais goût, d'homophonie ou de vulgarité.


Ce qu'il a demandé à ses (excellents) comédiens est encore une fois de très bon aloi.
Les situations sont traitées avec une vraie sûreté et une vraie sincérité.


Si tout ceci fonctionne, en plus de l'écriture et de la mise en scène, c'est évidemment grâce à la « bande à Lellouche ».


Sur scène, les rires intempestifs des acteurs sont là, je crois, pour en témoigner : les quatre s'amusent, et donc nous aussi.


Il n'est qu'à fixer longuement Noémie Elbaz lorsqu'elle ne parle pas, qui jubile en écoutant les répliques de ses petits camarades.
D'ailleurs, à un moment donné, un petit signe adressé au public est là pour nous prouver cette bonne humeur sur le plateau.


Melle Elbaz campe cette veuve qui sait ce qu'elle veut, et surtout, qui sait ce qu'elle ne veut plus.
La comédienne est d'une phénoménale justesse, j'ai vraiment été touché par son personnage.
De sa voix au léger et délicieux voile, elle tient la dragée haute au trois compères.


Lellouche, Vadim et Brécourt sont eux aussi irréprochables.
Les trois sont drôles, (quelle sacrée vis comica se dégage de ces trois là), eux aussi sont justes et très investis.

 

J'ai plus particulièrement apprécié le jeu de Christian Vadim.

En flic solitaire, (enfin.... en flic.... Je me comprends...) aux idées un peu courtes et très arrêtées, il est irrésistible.
C'est bien souvent par lui qu'arrivent les éclats de rire.
Ses double-takes, ses regards apeurés, affolés, complices ou craintifs, son petit cri aigu aspiré fonctionnant comme un runing-gag sont autant de grands moments de félicité.

On l'aura compris, j'ai beaucoup ri, me laissant entraîner très facilement dans les déboires sentimentaux de ces quatre personnages.
C'est un théâtre efficace, drôle, nécessaire, qui a toute sa place dans l'éventail dramaturgique proposé à tous les publics.
Les spectateurs ne s'y trompent pas : les applaudissement sont nourris, les rappels, fidjiens ou non, sont nombreux.
C'est une bien belle réussite.

Ah ! J'allais oublier !
Au sortir de la pièce, la sociologie en matière de boîtes de nuit n'aura plus de secrets pour personne.

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