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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Le livre de ma Mère

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Trente ans !
Trente ans que Patrick Timsit a ouvert pour la première fois l'ouvrage d'Albert Cohen « Le livre de ma Mère », que l'écrivain lui-même qualifiait de « chant de mort ».


La mort de la Mère.
Un fils dit l'indicible : la mort de celle qui lui a donné la vie.


Trente ans que Timsit attendait de trouver le bon metteur en scène pour monter le texte sur un plateau.
La rencontre s'opéra à l'occasion du merveilleux Cyrano de Dominique Pitoiset.
Ce Cyrano bouleversant d'humanité, incarné par un Philippe Torreton qui criait la rage et la folie du personnage dans le réfectoire carrelé d'un hôpital psychiatrique.


Cohen / Timsit / Pitoiset.
Comme une évidence.
Parce que ces trois-là nous racontent une histoire universelle, commune à tous les fils, rassemblant finalement les deux moitiés de l'Humanité.


Le comédien va dire les mots de l'écrivain d'une façon on ne peut plus juste, convaincante, sans aucun pathos malvenu. Le piège a été évité de bien belle façon.


Drôle lorsqu'il le faut (les adresses à Dieu, les rapports à la judéité, les « excès » de la mère juive sont jubilatoires), souvent émouvant, parfois bouleversant, il incarne ce fils.


Pas besoin d'être grand clerc pour s'apercevoir que Timsit est lui-même ce fils-là.


Il incarne également le Cohen le déraciné, obligé de quitter à cinq ans Corfou pour Marseille.


(A ce propos, si l'on connaît l'écrivain Albert Cohen, on sait moins son rôle de diplomate, chargé notamment de l'élaboration de l'Accord international du 15 octobre 1946 relatif à la protection des Réfugiés, toujours en vigueur, mais bien souvent malmené. Suivez mon regard.
Timsit insiste bien sur la phrase suivante : « Ce qui est laid sur Terre, c'est qu'il ne suffit pas d'être naïf ou tendre, pour être accueilli à bras ouverts. » Et je referme ma parenthèse.)


La mise en scène de Dominique Pitoiset est sobre, sans effets ni gadgets inutiles.
Le personnage-fils-écrivain rédige son texte autour d'un grand bureau, devant un écran de projection.
Le metteur en scène, tout comme dans Cyrano, (Christian et Roxane communiquaient ainsi), va se servir d'un ordinateur à la pomme pour que le comédien projette des séquences de souvenirs personnels, ou des extraits du texte.


Lors d'une de ces séquences projetées, Timsit s'adresse à lui-même, au mauvais fils qu'il a parfois été ou croit avoir été. C'est un très joli moment.


La dernière partie, peut-être la plus émouvante, s'adresse au public en général, et aux « fils de mères encore vivantes » en particulier.
Le comédien a alors la larme à l'oeil, on comprend combien il aimerait être ce fils d'une mère encore vivante.


Tout ceci nous fait mesurer à nous autres dont c'est le cas la chance et le bonheur que nous avons d'être ce que ne sont plus ni le personnage ni son comédien.


Une chance que nous ne mesurons pas assez, une chance qui un jour ne sera plus.


C'est un spectacle qui vous engage alors soit à vous souvenir intensément, soit à vous précipiter pour crier « Je t'aime, ma Maman ! A moi. »

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