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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Iliade

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Nom de Zeus !
Ils sont venus, ils sont tous là !


D'un côté les Dieux, avec le patron en personne, Héra, Athéna, Apollon, Hermès et consorts.
De l'autre, les mortels et les héros, avec Achille, Patrocle, Hector, Priam, j'en passe et des plus illustres...

 

Et où tout ce beau monde s'est-il donné rendez-vous ? A Troie ?
Vous n'y êtes pas du tout : dans le grenier du grand-père, récemment décédé, qui a laissé dans son testament la volonté de voir ses deux petits-enfants devenus grands rejouer une fois encore à la guerre de Troie, qui cette fois-ci, aura bien lieu.


Damien Roussineau et Alexis Perret ont eu cette excellente idée de point de départ.

« On dirait qu'on ferait rien qu'à jouer tous les Achéens et tous les Troyens, qui s'en étaient mis plein la figure, tout ça à cause des filles ! »


Oui, les deux comédiens vont camper à eux seuls plus de trente-cinq personnages, et vont nous donner à découvrir ou à nous remettre en mémoire ce long poème attribué à l'aède Homère.


Bien entendu, tout ceci est vu à travers les yeux et les jeux d'enfants.


Il va donc régner sur cette épopée un vent de jeunesse, un vrai décalage : c'est la vision merveilleuse, rêvée, voire fantasmée de deux jeunes accros à la mythologie grecque.


Si le texte de la nouvelle traduction de Jean-Louis Backès est respecté à la virgule près dans les extraits choisis (à part un seul mot que je vous laisserai découvrir), costumes, accessoires, armes, eux, sont fabriqués avec quantité de matériaux et objets de récupération.


Il faut tirer un sacré coup de casque et de chaussette aux cinq costumières-accessoiristes qui réussissent à transformer le plateau en véritable capharnaüm.

Il est vraiment jouissif de voir voler chaussettes, frites de piscine, vieilles fringues ou encore couvertures rapiécées.
(Les casques de ces féroces guerriers sont formidables ! Quelle inventivité, quel esprit créatif ! )

 

Damien Roussineau et Alexis Ferret sont tout simplement excellents !
Qu'est-ce qu'ils nous font rire, à nous faire croire de façon burlesque et enfantine à cette histoire-là.


Ils n'arrêtent pas un seul instant, passant d'un personnage à un autre, grâce seulement à un changement d'accessoire ou un élément de costume.
Ils vont, viennent, tombent, se relèvent, s'étreignent, se repoussent, courent, se figent .
C'est bien simple, à eux deux, on croirait toute une cour de récréation.

Là où l'adaptation est très réussie, c'est que par le biais de cette lecture enfantine, on retrouve parfaitement les valeurs de courage, d'amitié, de loyauté, mais aussi bien des passions humaines.

Ces deux-là abordent également de très belle et très troublante façon le thème survenant à l'avant-dernier chant, le XXII, celui vers qui tend tout le poème : la mort, en l'occurrence, celle d'Hector.
Ce moment du spectacle est alors grave, vraiment dramatique, durant lequel tous les spectateurs retiennent leur souffle.

Parce que même des mômes peuvent avoir des jeux sérieux.

Venez donc au Lucernaire retrouver votre âme d'enfant, venez plonger ou replonger dans la mythologie grecque.
Venez rire à cette vision à la fois iconoclaste et fidèle, burlesque et sérieuse de cette œuvre merveilleuse.

Des enfants jouent. Des comédiens jouent.
Un verbe. Un seul.

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