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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Adishatz / Adieu

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Adishatz.
Adieu, en béarnais, l'une des plus belles langues du monde. (Comment ça, je suis chauvin et partisan ?)


Adieu, donc. Mais à quoi ?
Il arrive sur scène côté cour, en jean usé et en sweat-shirt ornée d'une main hurlante.
Il n'est pas dans le désert, Capdevielle.

D'une très belle voix de haute contre, Jonathan Capdevielle, micro HF en main, va imiter une certaine Louise Ciccone, plus connue sous le pseudo de Madonna. 


Nous avons droit à un medley de refrains mondialement connus, tels que « Like a virgin », « Papa don't preach », « La Isla Bonita », j'en passe et des meilleurs encore.


D'une voix on ne peut plus juste, tranchant avec une impression de gêne, de timidité, de vulnérabilité aussi, bientôt rejoint par des loops générés en direct par l'ingé-son FOH, par des effets de reverb, il nous replonge dans cette culture mainstream.


Et puis bientôt, nous allons nous rendre compte que quelque chose déraille : il insère des chansons paillardes traditionnelles du Sud-ouest, des chansons mais alors très paillardes. Je vous laisse découvrir par vous-mêmes. Le Béarnais peut être frustre, quand il s'y met...


Le mélange des cultures est frappant. Le personnage est écartelé entre modernité et tradition.
Mais l'ambivalence ne fait que commencer.


Jonathan Capdevielle abandonne son micro, se dirige au lointain de la scène, s'assoit de dos à une table de maquillage.
Tout en devenant un blond travesti, tout en se fardant, il entame un dialogue avec son père qu'il interprète également.

Le comédien a perdu l'accent, et le papa roule les « r » que ça en est un bonheur.


C'est un moment du spectacle à la fois glacial, tendre et émouvant auquel nous assistons.
Devine-t-on une histoire vécue, une douloureuse expérience ? Il est tentant de le penser...
La transformation en artiste a probablement un prix.


Le spectacle qui suivra, spectacle dans le spectacle, aura lieu dans une boîte de nuit type « Macumba », route de Lourdes. (C'est du vécu, non ? ), avec stéréotypes et clichés en veux-tu, en voilà...


Puis apparaîtra sur scène un excellent ensemble vocal qui interprétera un « tube » pyrénéen de fort jolie façon.
Toujours cette balance entre tradition et contemporanéité...

Tout au long de cette heure, on l'aura compris, règne un féroce humour noir. Très noir.


Nous sommes en permanence dans une sorte de trouble ambivalent, un travestissement des pistes qu'on nous offre, un mélange de bien des genres.


Nous sommes au-delà de ce que l'on nous donne à voir ou à entendre.
Nous sommes dans des adieux permanents.
Adieu à l'enfance, à l'adolescence, adieu à l'identité propre, adieu à la bien-pensance et au qu'en-dira-t-on.


Nous ne saurons jamais qui est cet étrange personnage. Et c'est tant mieux.
A nous de faire le job, à nous la catharsis théâtrale. Quel rapport à l'autre suis-je en train de construire ?


Voici donc un spectacle troublant, fort, intense, et qui ne peut laisser personne indifférent.
Une plongée dans une totale ambivalence de bien des identités.

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