Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

L'art de Suzanne Brut

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

« Parce que ça, je le sais, mes peintures font comme un baume, un baume sur les plaies. »
Tel est le credo de cette Suzanne Brut, recluse dans un couvent, dans le Périgord occupé par les Allemands.


Les plaies, elle en a, Suzanne. Sa vie est irrémédiablement détruite.
Des plaies telles qu'elle a cessé de s'exprimer comme le commun des mortels, à savoir par la parole, par le verbe.


Pour elle, c'est la peinture jaillissant de ses tripes, du plus profond d'elle-même qui lui permet de tenir, de vivre, de s'exprimer.


L'art brut de Suzanne.
L'art comme ultime expression, la peinture « sur les bois » comme dernier refuge, dernier moyen de fixer son identité.


Voilà ce qu'elle va nous raconter, Suzanne, avec ce déferlement de mots intérieurs qui eux aussi jaillissent d'elle, bruts, sans détours et sans compromis.


Il faut dire qu'elle a deux interlocutrices privilégiées, qui n'ont pas besoin selon elle de l'oralisation de son discours pour la comprendre, je veux parler de Sainte Jeanne et de la vierge Marie en personne.

Le bavardage intérieure de Suzanne les atteint directement, permettant à Suzanne de dialoguer avec elles, de les prendre à témoin.


Durant une heure et quinze minutes, nous allons faire plus ample connaissance avec cette artiste picturale pas comme les autres.


Suzanne, envahie par la parole intérieure, va nous raconter les affres et les mécanismes de ses créations, son besoin de logorrhée, son rapport à sa vie de recluse.


Tout de suite après avoir pénétré dans la salle, le spectateur est interpellé par ce qu'il voit sur la scène : un prie-dieu sur un petit podium de forme ovoïde.


Et puis, elle entre en scène.
Marie-Christine Danède sera Suzanne.


Elle va se lancer dans ce grand monologue, cette longue confession intime, ce grand moment de parole libératrice.
Avec un bel accent du nord, probablement, comme pour bien insister sur l'origine populaire du personnage.
Elle sera cette femme simple, de bon sens, confrontée à un passé qui l'a dévastée.


La comédienne est prodigieuse.
Mise en scène par Christophe Lidon qu'elle connaît bien, elle parvient totalement à exprimer la douleur tue de Suzanne et le besoin impérieux de peindre, cette nécessité de remplacer un langage par un autre.


Elle va dire le texte de Michael Stampe de façon naturelle, simple, brute.


Par moments, elle est très drôle, parce que le tragique de la Vie ne peut faire l'économie du rire et de la dérision. (Les relations avec les religieuses du couvent sont évoquées parfois de façon drôlissime.)
 

Une vraie trouvaille scénographique, son petit podium va s'animer en permanence d'explosions de tâches de couleur, grâces aux images video de Leonard.

La parole coule, les mots sous-entendent le caché, le tu, l'indicible. J'étais comme hypnotisé par le discours du personnage, sublimé par l'interprétation de la comédienne.

 

On l'aura compris, Michael Stampe l'auteur, Christophe Lidon, le metteur en scène et Marie-Christine Danède nous proposent par le biais du théâtre une vraie réflexion sur le besoin et le mécanisme de la création artistique.
Un thème assez rarement abordé, finalement.

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article