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De la cour au jardin

Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Novecento

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

La grâce !
Un vrai moment de grâce. Purement et simplement.

« Comment vous dire ? »
C'est par ces trois mots qu'André Dussollier va commencer à nous raconter cette histoire extraordinaire.


« Comment vous dire ? 
De sa voix reconnaissable entre toutes, le comédien prononce ces trois mots devant un très joli cyclo représentant une partie de la coque du Virginian, ce paquebot « pas que beau », nous révélera-t-il un peu plus tard.


Manteau long en laine, feutre mou assorti, il sort une trompette.

Son personnage, musicien de jazz embarqué, va croiser la route d'un homme étonnant.
Un homme dénommé Novecento, parce qu'abandonné en 1900 sur le piano à queue de ce même navire.


Elevé par l'équipage, autodidacte puis virtuose des quatre-vingt-huit touches blanches et noires, il a décidé de ne jamais quitter le Virginian.
Pour lui, la terre présente beaucoup trop de notes. Trop de peurs. Trop de dangers.

 

Telle est cette histoire extra-ordinaire écrite en 1994 par Alessandro Barrico et adaptée par Dussollier lui-même.


Durant une heure et quart, le comédien va nous enchanter, virevoltant plutôt que marchant sur le plateau.
Il bondit, danse, saute, évolue tout en légèreté, et illumine la scène de son sourire, de sa voix, de son talent et de son humour.


Son personnage sera l'ami (et peut-être le seul ami) de ce pianiste virtuose mais volontairement cloîtré dans le monstre de fer.


Sur scène, un quatuor de jazz accompagne le comédien.
Et quel quatuor !
Le merveilleux pianiste Elio di Tanna sait faire sonner et swinguer le ragtime comme personne. Oui, il joue beaucoup de notes à la minute, mais avec beaucoup de délicatesse, de finesse et de sensibilité. Le musicien incarnera bien souvent silencieusement mais musicalement Novecento, ce musicien pas comme les autres.

Il jouera également le rôle de Jerry Roll Morton, qui, au cours d'un séjour à bord, perdra un duel musical d'anthologie.


A la trompette bouchée ou pas, hier soir, c'était un autre virtuose, Gilles Relisieux, qui lui aussi nous ravissait les oreilles.


Le socle rythmique était assuré de la plus belle des manières par Olivier Andrès à la contrebasse et Michel Bocchi à la batterie.


La mise en scène d'André Dussollier est étourdissante de virtuosité.
Un seul élément de décor sur le plateau : une sorte de double passerelle, sur laquelle il montera et descendra (parfois incomplètement) souvent. (Il faut également citer les jolies images projetées de Christophe Grelié, images qui plantent les différents décors.)
Il se donne sans compter, transpire beaucoup en espèce de Monsieur Loyal de ce conte tragi-comique.


On rit beaucoup à ses facéties linguistiques, à ses calembours. On est impressionné par son aisance et son naturel. On est souvent ému, transporté.
Impossible de se détacher de ses yeux, de sa voix.


Une vraie osmose se crée entre le comédien et les musiciens, comme s'il faisait corps avec les notes et les mélodies. Tout ceci est on ne peut plus cohérent.


Ce spectacle, créé en 2014 au Rond-Point et emmené au cours d'une grande tournée, ne vieillit pas.
Repris au Montparnasse, il fascine encore et à juste titre le public.
Hier soir encore, la salle était archi-comble.


Ce spectacle permit (quelle évidence) au comédien d'être moliérisé en 2015.
On comprend toujours pourquoi !
La grâce, vous dis-je !

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