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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Marie Tudor

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Mais quelle bonne idée a eu le Rive-Gauche de reprendre cette Marie Tudor mise en scène par Pascal Farber !


Bon d'accord !
Dans cette pièce de Victor Hugo, on notera des extravagances, des poncifs et des invraisemblances.
Et alors ? Qu'importe !


En 1833, le grand Victor décide d'écrire un drame passionnel qui se voudra avant tout un spectacle populaire, au sens noble du terme.
Et pour ce faire, rien ne vaut un texte « simple » et en même temps sophistiqué, poétique et enflammé, quitte à brouiller quelques pistes et produire quelques clichés.


Deux histoires passionnelles seront totalement imbriquées.

Londres. La reine Marie est follement éprise de Fabiano Fabiani, un jeune italien.
A l'autre bout de l'échelle sociale, Gilbert, l'ouvrier-ciseleur, 34 ans, est quant à lui fou d'amour pour Jane, sa pupille de 17 ans.


La situation est encore un peu plus compliquée que ça, puisque Fabiano et Jane vivent depuis un mois leur propre et commune histoire d'amour.
Voici donc le quatuor amoureux en place.
Avec une constatation finalement assez rassurante : qu'on soit reine ou ouvrier, la passion amoureuse n'est pas de tout repos...


Histoires d'amour, donc, mais également histoires politiques. Nous allons être plongés dans les intrigues de cour et la raison d'état.


Pascal Faber, le metteur en scène a su donner une impression d'universalité à son travail.
Les costumes sont intemporels, aucun décor, si ce n'est deux panneaux-geôles, aucune référence historique... (J'ai même à un moment pensé être dans Star Wars, avec ces deux personnages en longue cape, une lampe-torche en main qui, avec la fumée matérialisant le faisceau, ressemble furieusement à un sabre-laser...)

Ici, nous sommes dans une espèce de rigueur presque austère, mais qui réussit à magnifier le propos hugolien et surtout le jeu des comédiens.


J'en veux pour preuve la somptueuse composition de Pierre Azéma qui incarne un Gilbert tout en finesse et en puissance.
Un rôle lui aussi fait de contradictions qui exige une sacrée palette de jeu. On croit totalement à son personnage transi d'amour. Il est tour à tour inquiétant, émouvant, tendre, tout en force.
C'est un vrai bonheur de le voir incarner ce personnage complexe.


Tout comme Séverine Cojannot qui campe en vraie tigresse une Marie Tudor, mais une lionne qui finira par perdre crocs et griffes.
Le comédienne dégage un vrai sentiment de puissance, mais elle sait également nous émouvoir, notamment lorsque son personnage comprend que tout est perdu : la reine pourra bien tenir tête au Peuple, mais ne pourra rien contre la terrible raison d'état.
La comédienne est parfaite à explorer les deux visages de cette femme, déchirée entre l'amour et la haine, la vengeance et le pardon, la fidélité et les coups bas.


Pascal Faber en personne est ce Simon Renard, ce conseiller qui porte bien son nom, qui excite le peuple et tire les ficelles assez machiavéliquement, d'ailleurs.
Il faut noter son dévouement à la cause théâtrale, notamment avec cette féroce gifle qu'il reçoit à chaque représentation ! Pour claquer, elle claque !

Le reste de la distribution est à l'avenant, avec notamment une Joëlle Lüthi qui est une très fine Jane, toute en nuances.

 

« Il y a deux manières de passionner la foule au théâtre : par le grand et par le vrai. Le grand prend les masses, le vrai saisit l'individu », écrivait Victor Hugo.

Pascal Faber et ses comédiens réussissent totalement ces deux manières-là de nous passionner !
Un magnifique moment de théâtre !

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