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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Le pavé dans la Marne

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Que se serait-il passé si en 1914, les Allemands avaient gagné la bataille de la Marne ?
Oui, oui, la guerre aurait été terminée !


Au lieu de durer 1562 jours, elle n'en aurait compté que 47.
Dix fois moins de morts, la Champagne et les Ardennes cédées à l'ennemi, sans oublier accessoirement que le général Pétain serait retombé à jamais dans le plus total anonymat dès 1915...
Et hop ! Remballez barda et bandes molletières !


Voici le postulat de départ de ce Pavé dans la Marne, que Jean-Paul Farré a tout d'abord publié sous forme d'un livre, voici trois ans.


Bien entendu, le passage à la scène s'est vite imposé !


M. Farré a donc proposé à son ami de quarante ans Ivan Morane de lire son ouvrage pour mettre en forme et en scène cette épatante uchronie.


Le résultat de cette collaboration amicale et artistique est un véritable petit bijou théâtral !


Ivan Morane a fait de son copain une sorte de M. Loyal-conférencier-clown, qui va défendre sa thèse sur un petit théâtre, fait de bric et de broc, avec des marionnettes, des ombres chinoises, des rideaux-cartes...
Le théâtre dans le théâtre...
Le théâtre aux armées, le théâtre des opérations.
Le comédien fera tout lui-même : frapper les trois coups, ouvrir et fermer les rideaux, changer les décors, demander les lumières adéquates...
Cette brillante trouvaille fonctionne à merveille.


Le comédien est purement et simplement captivant.
Avec sa faconde habituelle, de sa voix reconnaissable entre toutes, avec son féroce et irrésistible humour, il nous fait remonter le temps et bifurquer au moment voulu.


Le propos est on ne peut plus documenté. On sent bien que la période passionne le comédien !


Un comédien qui n'est pas seul sur scène.

L'accompagne au violon Muriel Raynaud au violon. (Elle interprètera des sonneries militaires, la chanson de Craonne, etc, etc...)
Au violon, certes, mais pas que.
Côté jardin, lorsqu'elle ne joue pas, elle incarne de façon muette toutes les femmes qui sont restées à l'arrière, alors que leurs hommes partaient à la boucherie.
Ce parti-pris d'Ivan Morane est lui aussi très réussi.


Tout ceci est captivant et drôle.
On sent bien le discours anti va-t-en-guerre, on perçoit bien la dénonciation des militaires cyniques ou inconscients, l'incurie des politiques...
L'analyse est brillante !


Et puis, au moment où l'on s'y attend le moins, Jean-Paul Farré nous assène un véritable coup de massue.
Il devient alors bouleversant.

 

Et l'on comprend !


Nous comprenons pourquoi la période le fascine, nous comprenons le pourquoi et le besoin d'avoir écrit ce livre et monté ce spectacle.
Les dix dernières minutes sont déchirantes. La salle n'en mène pas large.


On l'aura compris, ce spectacle est un véritable hommage au théâtre, mais pas du tout à la guerre.
Rompez !

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Juste après la représentation, je n'ai pu m'empêcher d'aller rejoindre Le comédien et son metteur en scène afin de leur poser quelques questions. Ce sera pour les jours qui suivent.

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