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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Douze hommes en colère

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

12 / 12 !
L'unanimité !


Aux Etats-Unis, dans les années 50, un verdict envoyant à la chaise électrique devait être prononcé à l'unanimité des douze jurés.
Jurés - é accent aigu – s .
Pas de femmes. Seuls les hommes pouvaient évidemment juger leurs concitoyens, pensait-on à l'époque... Ô tempora, ô mores !


Nous voici confrontés aux trois fameuses unités : lieu, temps, action.
Une salle de délibération au sein d'un tribunal, une heure et demie en temps réel et des débats ayant pour but de condamner à mort ou d'acquitter un jeune homme de seize ans, accusé d'avoir tué son père.


Premier vote : onze voix « coupable », une voix « non-coupable ».
Il va falloir approfondir les délibérations pour aboutir au verdict.


Dans ce spectacle, il faut absolument et totalement faire abstraction du film de Sydney Lumet.
C'est ce qu'a bien compris Charles Tordjman, le metteur en scène.


C'est dans un beau décor gris complètement neutre que vont évoluer les comédiens.
Evoluer.


Telle est l'une des principales gageures dramaturgiques : M. Tordjman a su donner de la vie à ces délibérations, il a su insuffler du mouvement, il est parvenu à déplacer justement et harmonieusement les corps afin que nous ne restions pas devant une espèce de cène.
Une scène de cène évitée, en quelque sorte.


Autre élément important qui se démarque de la version cinématographique : le rythme.
Lumet utilisait des focales de plus en plus rapprochées au fur et à mesure que le film avançait pour accroître la tension dramatique.

 

Ici, le metteur en scène anime de plus en plus les comédiens.
Une vraie progression rythmique, avec des moments de plus en plus tendus, des corps qui se touchent de plus en plus, une parole de plus en plus poignante, des débits de voix de plus en plus rapides.

Comme une volonté, un parti-pris de précipiter les choses, d'insuffler de plus en plus de tension brute tout au long du spectacle.

La fin et la dernière réplique arrivent d'ailleurs assez brutalement, comme un couperet.


Et maintenant, un conseil.
Surtout, n'hésitez pas à prendre un siège près de la scène, dans les premiers rangs.
Le regard des comédiens est on ne peut plus important.


Le regard de celui qui parle, me direz-vous. Certes.
Mais également et peut-être surtout, le regard des onze autres, qui l'écoutent.
C'est assez fascinant de les observer, ces acteurs qui regardent l'autre. Quelle attention, quelle écoute, quelle concentration !


La troupe est vraiment très cohérente, menée par Francis Lombrail, en juré n°3, bien décidé à faire électrocuter coûte que coûte le jeune accusé. (Francis Lombrail a par ailleurs adapté la pièce américaine de Reginald Rose.)


Pierre-Alain Leleu est parfait en président (le juré n°1), qui a fort à faire pour maintenir un semblant de sérénité dans tout ça.


Et puis, et peut-être surtout, Bruno Wolkowitch est lui aussi très bien avec son rôle essentiel : c'est lui le n°8, l'architecte qui va manifester ses doutes le premier. Le comédien exprime de façon complètement juste et profonde l'humanité et la lucidité qui se dégagent du personnage.


Les répliques et les mimiques de Pascal Ternisien m'ont fait beaucoup rire !
Mais tous sont totalement crédibles, chacun dans son rôle, dans sa partition.
La distribution est vraiment homogène.


Alors, me direz-vous, était-il urgent de monter à nouveau cette pièce ?
L'important, c'est qu'elle soit montée de bien belle façon.
Nous assistons à une heure et demie de très beau théâtre.


Ce qui est certain, c'est qu'il est toujours jouissif qu'un auteur, un metteur en scène, des comédiens puissent nous montrer des comédies humaines habituellement cachées et donc totalement fantasmées, et puisse, par le biais de la double énonciation, nous poser des questions cruciales.


A quel moment, vous, auriez-vous manifesté des doutes ?
 

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