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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Ceux qui restent

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Ceux qui restent.
Ils ne sont pas nombreux, ceux qui ont pu rester.


Ceux qui en 1943 ont pu s'échapper du Ghetto de Varsovie.
En France, il reste actuellement une dizaine de ces « miraculés ».


Paul Felenbok et Wlodka Blit-Robertson en font partie.
Lui, en 1943, il avait sept ans. Elle était un peu plus âgée.


Le metteur en scène David Lescot a rencontré ces deux témoins vivants d'une histoire terrible qu'ils souhaitaient transmettre, après l'avoir tue pendant des années.


Pour la recueillir, cette histoire-là, il lui a fallu poser beaucoup de questions.
C'est évidemment ce fait de poser ces questions qui lui a donné l'idée de la forme et de la scénographie de ce spectacle.


Deux comédiens, Marie Desgranges et Antoine Mathieu, mais trois personnages.
Les personnages de Paul et Wlodka, qui répondent à un intervieweur, un journaliste, un poseur de questions.
Deux chaises seulement sur le plateau. La mise-en-scène est minimaliste.


L'un de ces sièges est un peu en retrait, côté jardin. Ce sera le siège de celui qui cherche à savoir, à comprendre.


A tour de rôle, les deux comédiens changeront de place. Chacun à son tour se mettra dans la peau de David Lescot.


Nous allons donc suivre le déroulement de deux récits basés sur la délivrance, l'accouchement de la parole.Tel est l'enjeu du spectacle.
Ici, pas de pathos de mauvais aloi. Les faits, rien que les faits. Des faits historiques, des faits humains et inhumains aussi et peut-être surtout.


Nous suivons les souvenirs d'enfance dans le ghetto, vus par le regard de deux petits Polonais.
Mais également, et ceci est très intéressant, nous comprendrons ce qui s'est passé après la guerre, comment les deux enfants ont pu surmonter toutes les difficultés qui persistaient en Europe et en France notamment pour accepter des petits juifs au sein de familles ou de foyers pour enfants.


Des mots durs, difficiles, éprouvants seront dits, mais également des mots drôles, parfois, parce que la Vie peut paradoxalement générer un certain humour même dans les pires instants.


Il est troublant, tout au long de cette heure et demie, de se dire que nous sommes au théâtre, et non pas en train d'assister à une conférence ou une interview pure et simple.
En effet, les comédiens sont tellement justes, vrais, précis, ils arrivent tellement à retransmettre tous ces faits authentiques qu'il est souvent compliqué de distinguer le jeu théâtral.


Avec deux accessoires seulement, ils se glisseront tour à tour dans le peau de l'intervieweur et de l'interviewé.
Lors des changements de place, de chaise, le regard qu'ils s'adressent est empreint de tendresse et de sollicitude. C'est très beau, très fort.


Une nouvelle fois, et c'est vraiment l'une des marques de fabrique de son travail, David Lescot mélange les genres.
Ce qui l'intéresse, c'est de mêler les différents modes d'expression.
On se souvient de « La chose Commune », ce spectacle dans lequel il racontait l'histoire de la Commune de Paris grâce au vecteur du Jazz.


« Ceux qui restent » est donc un métissage d'expressions artistiques bouleversant d'humanité, qui raconte ce qui s'est passé (Ca sert aussi à ça, le théâtre).


Un spectacle dont on sort complètement sonné.
A l'image des applaudissements qui tardent à saluer la performance des deux comédiens. Il faut du temps pour revenir de ce voyage.


Un voyage difficile mais nécessaire.

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A l'issue de la représentation, j'ai à mon tour recueilli la parole des deux comédiens, Marie Desgranges et Antoine Mathieu.
Ce sera pour les jours qui viennent.

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