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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Carmen

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Ah ! Quelle belle soirée !
Mais comme c'est bien de découvrir le talent de jeunes gens, tous issus du CNSAD, et totalement investis dans un projet théâtral original, fort et remarquable !
Comme il est agréable de tomber sur une écriture contemporaine mordante, acérée, une fable moderne et incisive !


Lucie Digout, auteure, metteure en scène et comédienne a des choses à dire, et elle les raconte de façon épatante. Carmen est sa troisième pièce.


Une vie. Une existence. Un passage sur Terre.
Un destin à la Maupassant : nous allons suivre l'ascension puis la chute inéluctable d'un personnage.
Belle amie au féminin, en quelque sorte.


Elle, c'est Carmen.

Tout commence avec son enterrement. Plus inéluctable comme chute, ça ferait trop...


Nous allons revivre par le biais du temps remonté et la mise-en-scène de Melle Digout cette vie-là.
Trois moments forts seront évoqués.
L'enfance, le terreau fertile dans lequel seront plantées les graines de ce qui va suivre. La jeunesse et la maturité.


Trois lieux seront visités. Séville, Paris et New-York.


Carmen rencontrera des amis, des engagement seront pris puis reniés. Je vous laisse découvrir, et lire la pièce publiée aux éditions « Les Cygnes ».


Les sentiments seront exposés sans concession, les choses seront dites parfois crûment mais toujours dans une langue très vive, recherchée, et un registre résolument contemporain. Un vrai style se dégage.


La mise-en-scène est à l'image de cette écriture très vive.
Quelle énergie !
Quelle capacité à changer d'espace, de lieu, de temps, que de cohérence dans les rapports entre les corps, entre les situations !
Toute la salle est investie par les six comédiens, le quatrième mur est pulvérisé de façon on ne peut plus pertinente.


Ces comédiens, justement, sont formidables.
Tout jeunes encore, ils sont remarquables d'engagement, de justesse et de rigueur.
Quel métier, déjà, quel talent !


Jade Fortineau est Carmen. Elle est totalement crédible, éperdue de désir et de liberté.
Elle sait rendre passionnant ce personnage complexe. La palette de jeu est très étendue pour ce rôle pas si évident que cela.


Julie Julien sera la mère de l'héroïne.
De sa voix rauque, un peu éraillée, elle incarne de belle façon cette femme aigrie, dure, paumée.
Elle aussi nous fait croire totalement à son personnage, malgré le fait que les deux comédiennes doivent avoir à peu près le même âge. Une belle performance.


Et puis ce soir-là, c'est Emmanuel Besnault (dont j'avais tant aimé la mise-en-scène des Fourberies... Ah ! Cette scène du sac !...), c'est Emmanuel Besnault donc qui interprétera Matis, le copain, puis l'amoureux, puis... Il est parfait !
Ses dernières tirades sont bouleversantes. Là encore un vrai beau rôle.

 

Les trois autres camarades "de promo", Maxime Le Gac-Olanié, Charles Van de Vyver et Lucie Digout en personne leur donnent la réplique, faisant eux-aussi en sorte que cette histoire soit captivante.


Un vrai beau moment théâtral
L'énergie et la rage transparaissent dans tout ça.
Rage d'écrire. Rage de mettre en scène. Rage de jouer.

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