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De la cour au jardin

Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Le dernier jour d'un condamné

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Un plancher. Un mur au lointain. Une fenêtre munie de trois barreaux. Un tabouret.
Blancs. Immaculés.


Voici ce qui attend les spectateurs, une fois la porte de la salle du Studio Hébertot franchie.
On comprend vite que la majeure partie du plateau est constituée de la cellule de ce condamné à mort.


Ecrit en 1829, le roman de Victor Hugo nous plonge dans la tête de cet homme, qui n'a plus que vingt-quatre heures à vivre. 


Un homme qui raconte. Qui se raconte.


Mais pas complètement.
Dans ce remarquable et vibrant plaidoyer contre cette ignominie que la peine capitale, Hugo ne nous dira jamais rien de l'histoire de ce condamné.
On ne saura jamais ce qui l'a conduit entre ces quatre murs, puis à la guillotine.


Adapter ce texte sur une scène est évidemment une entreprise à haut risque.
Il faut avoir sous la main d'excellents comédien et metteur en scène pour restituer l'épouvantable situation du personnage.


Ici, c'est le cas !


William Mesguich et son metteur en scène François Bourcier (que j'avais adoré dans son « Résister c'est exister » dans ce même théâtre), ces deux-là excellent à nous présenter ce dernier jour de torture mentale infligée sciemment à un homme dont on connaîtra jamais le nom.


D'entrée de jeu, William Mesguich nous attrape. Il n'y a pas d'autres verbes possibles.
Mes voisins et moi avons été immédiatement captivés par le récit et le jeu du comédien.
Il est véritablement impressionnant de justesse, d'intensité, de force, mais aussi de douceur, d'émotion.
A aucun moment, il ne tombera dans un pathos de mauvais aloi qui ridiculiserait le texte hugolien.


Bien au contraire !
Que ce soit en chuchotant, en hurlant, en se lamentant ou en se confiant au public, il m'a captivé !

 

Ses yeux bleus nous hypnotisent, il m'a été difficile de soutenir son regard, tellement m'était pénible d'assister à ces derniers instants d'un homme.


Difficile mais nécessaire !
Nécessaire parce que l'on entend encore trop souvent ici et là de sombres voix s'élever en faveur du retour de cette pratique ignominieuse qu'est la peine de mort.
(A cet égard, la fin du spectacle rappelle qu'il faudra attendre la loi n°81-980 du 9 octobre 1981 promulguée le lendemain pour son abolition pure et simple !

Oui, il y a seulement trente-six ans...)


William Mesguich ne restera pas tout le spectacle dans la geôle.
A certains moments, il s'en « échappera » pour gagner l'avant-scène afin de prendre le public à partie.


Lors de ce bris du quatrième mur, il regarde également le décor, presque à notre place.
Ces instants sont d'une rare intensité, et se concluent par un retour en cellule accompagné par un petit sourire complice.

 

Il faut noter la très belle scénographie qui nous est proposée.
Des lumières judicieusement diffusées et mises en valeur par de la fumée contribuent à ce sentiment d'oppression, de grand malaise et d'inéluctabilité.
Ici aussi, une grande réussite.


Tout comme la création video de François Bourcier qui nous plonge véritablement et à son tour dans la tête de cet homme, en soulignant le caractère intemporel de ce plaidoyer.


Voici donc un spectacle engagé, puissant et intense.
Un seul en scène qui vous prend aux tripes et qui nous montre une nouvelle fois à quel point Hugo nous est nécessaire et indispensable.


Chapeau bas, Messieurs Mesguich et Bourcier !

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Dans les jours qui suivent, je vous publierai ici-même l'interview webradio de William Mesguich, dans lequel le comédien nous parle de la plus belle des façons de ce spectacle.

Le dernier jour d'un condamné

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