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De la cour au jardin

Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Haute surveillance

(c) Photo Y.P. -

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Genet Is The New Black ?


La taule. Le trou. La zonzon. Le bloc. L'ombre. La forteresse.
La prison, quoi.


Jean Genet a donné, il sait de quoi il retourne. Il y a passé quelques séjours. (C'est un euphémisme...)


Trois détenus dans une cour.
Il y a Maurice, Jules et Yeux-Verts.


Ce dernier surpasse les deux autres en matière de cruauté dans le crime. D'ailleurs, il attend le rendez-vous avec la machine du Docteur Guillotin.
Maurice et Jules se disputent donc ses faveurs et pourtant, ce n'est pas le personnage le plus méchant de l'histoire, Boule-de-Neige, qu'on ne verra jamais.


Si le crime ne paie pas, il fascine.
Il nous fascine, tout autant qu'il fascine Maurice et Jules, qui vont jusqu'à convoiter la future veuve de leur co-détenu.


Et bien entendu, le crime fascine Genet.
Nous sommes en plein dans sa « morale inversée », qui l'amènera à haïr l'ordre bourgeois, à prendre parti pour certaines causes, mais qui fera que certains de ses critiques dénoncent encore sa fascination pour le nazisme et son antisémitisme.


C'est pourtant le gardien de prison qui entrera dans l'espace scénique le premier.
« Espace scénique », car nous ne savons pas où nous nous trouvons.


Le maton (Pierre Louis-Calixte, le teint blafard, les yeux rougis) va matérialiser d'une très belle et très graphique façon l'espace de jeu, à savoir une cellule.


Pas besoin de barreaux, de murs. Maintenant, nous savons. (Je vous laisse découvrir le processus de matérialisation, c'est très beau...)


Puis, les taulards entrent en file indienne, les pieds nus.
Nous allons assister à une étrange pièce de théâtre, une sorte de « long poème ».


Un poème sombre, noir, oppressant.
Un poème sans décor, une ode glaciale qui commence presque sans lumière.
Un minimalisme assumé par l'auteur mais également par Cédric Gourmelon, le metteur en scène, qui ne s'encombre pas d'artifices.


On s'en doute, ce seront les trois comédiens Jérémy Lopez, Sébastien Pouderoux et Christophe Montenez qui feront le job.
Pendant une heure, les trois vont nous dire, clamer, chuchoter, hurler leurs mots, leurs vérités, leur quête et leur chemin personnels.


Les mots de chacun s'entrechoquent violemment, les paroles se percutent les unes contre les autres, parfois dans un violent fracas.

Les échanges sont brutaux, rugueux, mais parfois sont assez tendres.


Le travail sur les voix est vraiment impressionnant.
Les comédiens arrivent à libérer par la parole leurs personnages respectifs.
Une parole qui prend souvent le pas sur le travail corporel.


Certes, les échanges physiques sont eux aussi violents, mais il se dégage parfois une sensualité, un érotisme des mots et des actes.


La lutte se transforme alors en étreinte, les coups deviennent des caresses.


Les quatre comédiens sont une nouvelle fois excellents (Faut-il encore répéter ce pléonasme ?)
Ils nous perturbent, nous fascinent, nous assènent bien des upercuts, nous qui sommes pourtant bien assis.

C'est Pierre Louis-Calixte, le surveillant, qui conclura : « Pour nous, de l'oeillet du judas, ce fut une belle séquence tragique. »

Pas mieux !

Haute surveillance

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