La constellation des contes

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y. P. -

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Si dans l'espace, nous assure Ridley Scott, personne ne vous entend crier, en revanche, on entend parfaitement les rires des jeunes (et des moins jeunes...) spectateurs !


C'est en effet dans l'espace interstellaire, dans une galaxie plus ou moins lointaine, que débute l'action de cette Constellation des contes, et que fusent les rires et les applaudissements.


L'action prend place plus précisément dans un très joli vaisseau spatial tout à fait steampunk. (Un sincère coup de chapeau à la scénographe Camille Ansquer.)


La princesse Stella, accompagnée de Luc et Paloma, deux acolytes/pilotes/gardes du corps, va être projetée « à l'intérieur » de cinq contes des plus connus, dus à l'imagination des frères Grimm, d'Andersen et bien entendu de Perrault, le tout afin de reconstituer les pages manquantes du Grand Livre des Contes...


On l'aura deviné, cet argument et cette mise en abîme des contes à l'intérieur d'un autre conte sont en fait un prétexte à une relecture épatante de Barbe-Bleue, de Hansel et Gretel, de Blanche-Neige, des Souliers rouges et de Riquet à la houppe.


Rébecca Stella et Danielle Barthélémy, à qui l'on doit ce spectacle, ont bien compris l'intérêt de proposer au public ce décalage.
Pour chaque conte, le principe est le même : les comédiens qui vont jouer une multitude de personnages s'en donnent à cœur joie à nous proposer tous ces personnages plus célèbres les uns que les autres dans des versions délirantes et drôlissimes.


On rit en effet énormément.
Vous ne pourrez plus jamais imaginer Riquet à la houppe autrement qu'en pédant bellâtre, tel que nous le donne à voir Raphaël Poli, qui est purement et simplement hilarant.


Pour autant, à la fin de chaque « acte-conte », la princesse lira le début de chaque histoire, sans y changer une virgule.

C'est un moyen judicieux de faire comprendre aux petits, même intuitivement, que ces contes sont écrits, et qu'un décalage existe entre leurs deux versions. On a en quelque sorte la version « burlesque » puis la version « sérieuse » et originale.


Les trois comédiens, mis en scène par la même Rébecca Stella, sont tout simplement parfaits !
Ils s'en donnent à cœur joie, et ne ménagent pas leur peine.
Ils n'arrêtent pas, que ce soit sur la scène ou en coulisses, pour les changements de décors, d'accessoires ou de costumes.


(Et j'en profite pour tirer un autre coup de chapeau à la costumière Alice Touvet, cette fois-ci. Ses créations sont magnifiques. Je donnerais cher pour récupérer la redingote de « J.P. Shoesofée !
La robe de la vieille femme est également non seulement splendide, mais elle recèle très judicieusement une fonction spéciale que je me garderai bien d'évoquer ici.)

Oui, Amélie Saimpont, Claire-Marie Bronx (qui nous démontre au passage et de façon remarquable ses talents de chanteuse lyrique) et Raphaël Poli m'ont enchanté.
Ils savent accrocher le public, ils savent attraper les spectateurs pour ne plus les lâcher.


D'autant plus qu'ils jouent pour un public difficile, puisque constitué de très jeunes enfants, qui ne laissent rien passer.
Hier, on entendait les mouches voler lorsqu'il le fallait, et on entendait les mômes participer à bon escient, ce qui créait souvent des interactions avec les comédiens.
C'est un signe qui ne trompe pas.

Bref, et il semblerait bien que ce soit l'une des spécialités du Lucernaire, qu'il est agréable d'assister à des spectacles "jeune public" qui respectent les enfants. Des gamins qu'on ne prend pas pour des demeurés, à qui on fait confiance à leur intelligence !

A qui également on fait découvrir de façon ludique mais également pédagogique les mécanismes dramaturgiques du théâtre.

C'est vraiment le cas avec cette « Constellation des contes », que je vous recommande chaudement, même si vous n'avez pas de tête plus ou moins blonde sous la main en guise d'alibi pour aller passer une excellente matinée théâtrale.

C'est une vraie et totale réussite !


Oh ! J'allais oublier...
« Calme-toi Catherine, c'est pas toi la queen ! »
(Et je ne vous en dirai pas plus... Une seule direction : le Lucernaire ! )

Publié dans Critique

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