Oncle Vania

Publié le par Yves POEY

Oncle Vania
(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Voici ce que j'écrivais récemment à propos de cet Oncle Vania qui m'avait enthousiasmé.
Si vous êtes à Avignon, ne manquez pas cette belle version, qui se donne au théâtre des Corps Saints (plus de détails sur le lien référencé en fin de papier) !

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Les grands auteurs sont faits pour être bousculés.
J'en suis convaincu.


Shakespeare, Molière et Tchekhov, pour ne parler que de mon panthéon personnel, doivent être chahutés, à condition de respecter leurs propos.


C'est ce qu'a bien compris Philippe Nicaud qui met en scène ce remarquable Oncle Vania au théâtre Essaïon.


L'un des premiers parti-pris du metteur en scène est d'avoir mis l'accent sur ce qu'il appelle la « fulgurance des sentiments ».
Ici, pas question de se complaire dans la soi-disant mélancolique âme russe.


D'ailleurs, comme il l'écrit lui même dans sa note d'intention : « Pas de samovar sur le plateau » ! (Clin d'oeil ? Une cafetière électrique est en permanence branchée sur une table.)


Non. Ici, on va se lâcher, on va laisser s'exprimer la rage la violence, l'amour, la passion.
La tension sera permanente, comme est en permanence perceptible la rage de Vania d'avoir gâché sa vie.

Comme elles sont déchirantes également, ces amours contrariées...


Sur scène, c'est un chaos assumé et maîtrisé par Philippe Nicaud.
Un metteur en scène-comédien qui a adapté la pièce et l'a recentrée sur les cinq personnages principaux qui d'ailleurs, ne quitteront que très peu le plateau.

Ils vivent, ces personnages, même lorsqu'ils n'ont pas de texte.


D'ailleurs, ils nous attendent déjà, lorsque nous pénétrons dans la salle.


Nicaud, la guitare à la main, chante de sa voix rauque une émouvante complainte. (Le soleil à fleur de peau...)


Et puis, seule la scène reste allumée.
Tout de suite, ce qui frappe, c'est la qualité de l'adaptation et du texte.
Les mots sont actuels, modernes, et pourtant l'esprit du grand Anton est bien là.
Le texte sonne juste, vrai, et révèle s'il en était encore besoin combien est actuelle et moderne cette pièce.


Fabrice Merlo est ce Vania.
Tout en force, en violence, mais également en parfois en drôlerie et en causticité, il nous fait bien sentir que tout peut arriver. Son personnage est à bout, il n'en peut plus.
Parfois, avec un nez rouge, comme on peut utiliser une enveloppe de Babybel, il fait se retrancher Vania derrière une sorte de masque.


Le metteur en scène incarne lui-même Astrov, le médecin.
Il en a fait une espèce de dandy chanteur désabusé, mais très écolo, végétarien, même.
Il est très drôle. Ses répliques sont souvent jubilatoires. (Je lui ai trouvé un petit côté "beigbédérien"...)
A tel point qu'à l'une de ses apparitions (pendant une tirade de Vania, il était dans son « atelier », en devant de scène, caché derrière ses « tableaux »), à l'une de ses apparitions, donc, il déclenche des rires et sourires sans rien faire d'autre que de se montrer.


Le traitement de ces deux personnages est une vraie réussite, une vraie relecture inventive mais on ne peut plus fidèle à l'esprit de la pièce.


Céline Spang incarne une Eléna toute en féminité, sensualité, faisant tourner (involontairement?) la tête à tous les hommes, sauf peut-être celle de son mari.
Un mari professeur joué par Bernard Starck, pédant, obséquieux à souhait.

Et puis Marie Hasse est Sonia, la nièce de Vania, la fille du professeur.
Elle fait bien souvent le lien entre tous, en douceur et toute en subtilité.

Elle m'a beaucoup ému, Marie Hasse.

Lors du Festival d'Avignon 2016, ce spectacle a été élu Coup de cœur du club de la presse.
On comprend bien pourquoi !

Publié dans Critique

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