Mon meilleur copain

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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On connaît évidemment Eric Assous, auteur bi-moliérisé en 2010 et 2015.
Avec ce « Mon meilleur copain », il a voulu nous inviter en 2011, date de la création au Théâtre des Nouveautés, mise en scène par Jean-Luc Moreau, avec Dany Brillant et Roland Marchisio), Assous a donc voulu nous inviter à assister à un vaudeville moderne.


D'ailleurs, son texte ne laisse planer aucune équivoque.
Voici ce qu'il fait dire à son personnage principal : « De nos jours, on ne dit plus « une maîtresse », mais « un coup » ! »


Oui, tous les ingrédients du Vaudeville sont réunis.
Deux couples. Bernard, coureur invétéré, séducteur impénitent, menteur compulsif (l'épithète est bien faible), Bernard demande à son meilleur pote de le couvrir et de prendre à son compte sa dernière infidélité.
Des quiproquos, des mensonges, de la mauvaise foi, en veux-tu en voilà, tout apparemment est en place.


Apparemment.

Car cette pièce n'est pas pour moi la meilleure production de l'auteur.
Si les ingrédients vaudevillesques sont bien là, j'ai toujours trouvé qu'il manquait dans cette pièce du liant, un moteur, une horlogerie, la fameuse mécanique infernale qu'on adore et qu'on retrouve immanquablement chez Feydeau.
De plus, certains personnages sont à peine esquissés, comme juste brossés d'un coup de plume rapide.
Non, n'est pas Feydeau qui veut.


Ici, la mayonnaise dramaturgique a du mal à prendre, il n'y a pas chez Assous ce vent de folie qui peut faire basculer un texte dans un tourbillon à la fois irrésistible, drôlissime, voire surréaliste.


Alors attention : il ne faut pas en faire reproche aux comédiens, impeccables, qui jouent le texte de la meilleure des façons.
Ce quintet-là assure.
Ils défendent véritablement leur auteur.


Anthony Marty, qui joue le pauvre Philippe, met en scène également ses quatre camarades.
Il est allé à l'essentiel, et sa direction d'acteurs ne souffre d'aucun reproche.


Dans cette version, le meilleur copain, c'est Arnaud Cermolacce.
Quel abattage ! Quel enthousiasme ! Quel force comique !
Présent sur le plateau pendant au mois les quatre cinquièmes de la pièce, il n'arrête pas de nous enchanter de sa façon de proférer les mensonges les plus éhontés et d'asséner au public une mauvaise foi que plus mauvaise, ça ferait trop.
Il est tout simplement irréprochable.
J'ai vraiment envie de le retrouver dans un « Fil à la patte », un «Mais ne te promène donc pas toute nue », ou encore un « Dindon », dans lesquels il serait parfait.


Ses camarades lui donnent la réplique de belle manière.
Florence Fakhimi joue son épouse qui a bien du mérite. Sa façon de faire les gros yeux est très drôle.
L'autre couple est interprété par Marion Christmann et le metteur en scène himself.
Quant au rôle de la maîtresse (non, je n'arrive pas à écrire « le coup »...), c'est Anne-Laure Estournes, qui s'y colle.


Tout ce petit monde est toujours juste, on sent bien que les cinq prennent un grand plaisir à jouer ensemble. Il n'y a qu'à regarder ceux qui ne parlent pas et qui écoutent pendant qu'un camarade dit son texte.


Il faut donc aller à la Comédie Caumartin, pour voir sur scène cinq comédiens qui ne ménagent pas leur peine, et qui nous font passer un quand même bien agréable moment.

Publié dans Critique

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