Molière malgré moi

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Les yeux qui brillent.
Les yeux qui pétillent.
Les yeux qui lancent des éclairs de bonheur, de plaisir et d'inconditionnelle admiration !


C'est peu de dire que ces yeux-là, ceux de Francis Perrin, sont le reflet de la passion qui l'habite à jouer ce spectacle.


D'ailleurs, au delà de la citation, tout est dit dans le titre : l'important, c'est la préposition. Malgré.


C'est l'hommage d'un comédien, qui ne peut s'empêcher de dire, de clamer son admiration au public que nous sommes envers un auteur.
Peut-être plus qu'un hommage. Une raison de jouer, une raison d'être.

 

M. Perrin est ce comédien-là, qui va nous dire son amour et sa passion pour cet homme du XVIIème siècle qui réussira comme personne à décrire les différents caractères humains.
Molière.


Il apparaît sur scène, jaillissant du côté jardin, en chemise blanche ample, hauts de chausses et souliers à boucle à hauts talons rouges.
En costume d'époque, donc.


Tout de suite, de sa voix reconnaissable entre toutes, avec ce zézaiement caractéristique, il va nous attraper et ne plus nous lâcher.
Il nous captive littéralement.


La construction du spectacle est basée (et c'est une excellente idée) sur un mélange historique et artistique.


Un côté historique car Francis Perrin va nous raconter avec ses mots, sa jovialité, sa faconde, sans oublier son décor et ses accessoires, la vie de Jean-Baptiste Poquelin.


Il ne nous cache rien, nous ne sommes pas dans une hagiographie béate.
Sont évoqués certains côtés « déplaisants », dont notamment la féroce misogynie du grand homme.
(On peut sans aucun doute penser que la belle robe de chambre réversible est là pour accentuer cet effet.)


Un côté artistique également. Comment résister à l'envie, pour cet amoureux fou de Molière, de dire les mots du grand homme ?


Et c'est un véritable régal de l'entendre dans la peau de Scapin, d'Alceste, de Sganarelle ou encore d'Argan !
C'est un vrai plaisir d'écouter (voir de chuchoter en même temps...) les célèbres tirades, replacées dans leur contexte.


Bien entendu, Francis Perrin ne peut s'empêcher de pratiquer une certaine forme d'autodérision, envers le métier de comédien, envers le théâtre, et envers...lui-même.
(Je n'en dirai pas plus, l'une des allusions est drôlissime et témoigne de l'humilité de l'acteur.)


Et que dire de la fin de ce seul en scène !
Le comédien allait-il s'arrêter à la mort de M. Poquelin ?
Non, bien entendu !
Il parvient, par une dernière anecdote à nous faire ressentir (s'il en était encore besoin) l'universalité du génial dramaturge.


Et puis vient un dernier hommage très original, très fort. (Là encore, je vous laisse découvrir.)


Durant cette soirée, Francis Perrin réussit à lui tout seul le tour de force d'être notre porte parole : grâce à lui, j'ai eu l'impression de pouvoir dire à mon auteur préféré (juste après Shakespeare et devant Tchekhov...) : je vous aime !


Oui, cette saison encore (et c'est la troisième), ce spectacle est un très beau moment de théâtre.
Et d'amour du théâtre.

Publié dans Critique

Commenter cet article