Madame Bovary

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Il est des entreprises théâtrales qui relèvent de la plus folle des gageures.
Peut-on adapter dans un seul en scène et quand on est UN comédien ce monument de la littérature française qu'est « Madame Bovary » ?


La réponse est... Oui !

Oui, définitivement oui.


A condition toutefois de s'appeler André Salzet et d'être mis en scène par Sylvie Blotnikas.


Ce qu'ont accompli ces deux-là tient véritablement de la plus belle des réussites.


Tout d'abord, il faut parler de l'adaptation.
André Salzet, en fin connaisseur de Flaubert (le petit discours après les applaudissements finaux le prouvera), André Salzet donc, a sélectionné de façon à la fois pertinente et intelligente les phrases de l'auteur (et exclusivement de l'auteur), toutes extraites du roman.


Le tout tenant en une heure et cinq minutes. Et cette sélection fonctionne parfaitement.
J'ai retrouvé avec un immense plaisir cette merveilleuse langue et écriture flaubertiennes.

 

D'autant que le comédien, seul en scène (j'insiste), va dire ces phrases, en interprétant les principaux personnages, même s'il a centré son adaptation sur Charles Bovary.


Il réussit là un tour de force phénoménal.
Dès la première réplique, d'une voix claire et d'une diction parfaite, il nous fait se matérialiser devant nous Charles, Emma, le père Rouault, Lheureux, Berthe, Rodolphe, Léon...


Il prend parfois de forts accents sans pour autant tomber dans la plus vile des caricatures.


Il est passionnant, captivant.
Ses évocations de Yonville, Rouen, de la ferme familiale, des comices agricoles sont extraordinaires. Nous y sommes !


De plus, André Salzet n'a pas son pareil pour nous faire remarquer l'humour qui peut poindre ici et là. Il arbore alors un œil et un sourire espiègles et irrésistibles.


Côté mise en scène, là aussi, c'est un sacré bon boulot.
Coté décor, une table, un fauteuil renversé, et un accessoire qui aura son importance lors de l'entrée et de la sortie du comédien, un accessoire qui semble matérialiser le lien qui unit l'interprète à l'auteur et à son roman, ou bien encore le poids de la fatalité face au libre-arbitre de chacun.
Je vous laisse évidemment découvrir.


Parfois le narrateur s'adresse à Flaubert, qui répond par l'intermédiaire de la voix off de Pierre Forest.


Tout au long de cette heure, le comédien va occuper pleinement toute la scène.
En costume d'époque, redingote, gilet de soie, large cravate assortie sur chemise à col cassé, il fait très belle figure et se déplace en marchant, sautillant ou parfois même dansant une valse de Vienne.

Oui, c'est un vrai moment de très beau théâtre qui nous est proposé, qui nous prouve au passage qu'on peut adapter très finement un roman pour en faire une pièce.

Je terminerai en paraphrasant la déclamation attribuée à Flaubert :

 

« André Salzet, Madame Bovary, c'est vous ! »

Publié dans Critique

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