Logan de Carvalho, moitié voyageur

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Le jeune Logan est un gadjo. Un non-gitan, quoi...
Un comédien-gadjo qui entre sur scène avec à la main un livre de poche. Roméo et Juliette.


Il va devenir moitié-voyageur. Une moitié de gitan.
Moi, je pensais qu'on l'était, gitan, ou on ne l'était pas. Erreur.


Et pourquoi donc ?

Tout simplement parce que Léa, sa sœur de seize ans, va être enlevée par un manouche.
C'est la manière gypsy de se marier. Un peu brusque, mais efficace !


Et voilà notre Logan de héros qui va aller vivre au milieu de la tribu de voyageurs, sur le « terrain », c'est à dire sur le campement, au milieu des caravanes et de leur petit marchepied.


Et les deux cultures de se télescoper.
Mais pas n'importe comment : de façon HI-LA-RAN-TE !


Logan de Carvalho, pourtant seul en scène, va interpréter une sacrée brochette de personnages.


Tout d'abord, tout en dérision, le sien, trimard (c'est à dire un sédentaire), un parisien prétentieux, un bobo gadjo bardé de certitudes, tentant de faire revenir Léa « à la raison »...


Et puis surtout, il va interpréter toute la tribu, hommes et femmes voyageurs, à l'accent du Nord / Nord-Est de la France, plus hauts en couleur les uns que les autres.


Et c'est alors le début d'une hilarité générale.

Certaines scènes sont à hurler de rire. C'est d'ailleurs ce qui m'est arrivé bon nombre de fois.
Souvent, on frise un véritable délire burlesque ! C'est grandiose !
Ses personnages sont certes déjantés, mais tellement attachants !


Mis en scène par Gabriel Lechevalier, le comédien n'arrête pas !

Il va, vient, arpente le plateau de toutes les façons possibles, debout, à genou, assis, rampant. Il gesticule, il mime des situations plus loufoques les unes que les autres tout en bruitant le tout de façon drôlissime.


De l'autre côté du « mur », d'autres portraits tout aussi énormes, comme un directeur de théâtre ultra-subventionné on ne peut plus gauche-caviar, ou encore un horrible dir-prod !


Bien entendu, il y a caricature, bien entendu, il y a outrance !
Et alors ? C'est justement ce qui fait l'un des principaux attraits du spectacle !


Mais c'est également l'occasion de nous délivrer un très joli message humaniste :
« Ce qui nous fait exister, ce sont nos interactions avec les autres », nous dit Logan de Carvalho, appelant ceci la « décohérence quantique ».


Ce qui nous fait exister également, c'est l'acceptation de la différence.
Oui, ces personnages sont très opposés, mais c'est en cohabitant harmonieusement, même si c'est difficile, qu'ils vont pouvoir s'apprécier et ne plus avoir peur les uns des autres. Adieu les préjugés !


Un message qu'il est hélas de plus en plus nécessaire de marteler !


Pour peaufiner son texte, M. de Carvalho a donné une première version à Anaïs Harté et Vincent Dedienne, récemment "moliérisé" , pour obtenir cette mouture finale.


Oui, j'ai rarement autant ri au Lucernaire.
Ce rire que ces trois-là nous proposent est un rire sain, salvateur, lui aussi nécessaire.

 

Ah ! J'allais oublier !...
Au sortir de ce délirant spectacle, Vous ne regarderez plus jamais votre boîte de cure-dents.
Vous ne considérerez plus ces petits bouts de bois pointus qu'avec le plus grand des respects !
Zindaaaaaaa !

Publié dans Critique

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