Le jardin d'Alphonse

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Les jardins de famille recèlent de bien lourds secrets...
Les secrets de famille se révèlent dans de bien beaux jardins...
Le jardin d'Alphonse est de ceux-là.


Cette pièce de Didier Caron est une comédie douce-amère, dans laquelle on rit énormément, certes, mais dans laquelle le public est amené à s'interroger sur la nature des liens qui se nouent ou se sont noués au sein d'une famille.


Alphonse, nous ne le verrons jamais. Et pour cause.

Il vient de décéder.


Sa descendance et ses amis se réunissent dans la maison à la fois bretonne et familiale.
Il y a son fils et sa deuxième épouse, ses trois enfants (deux frères qui se sont « partagés » la même femme », leur demi-soeur et sa chérie), plus l'ami de la famille flanqué de sa chère et tendre.


Tout ce petit monde va être en proie à biens des déboires et autres émotions.
Les masques vont tomber, les faux-semblants vont voler en éclat, les sentiments véritables vont éclater au grand jour, bien des vérités plus ou moins bonnes à dire vont être énoncées.


Et tout ça sur fond d'un lourd secret qui plane sur les protagonistes et qui sera finalement révélé.


Je parlais de comédie : on rit énormément.
L'écriture de Didier Caron y est évidemment pour beaucoup !
Les personnages sont truculents et remarquablement brossés. Impossible de ne pas s'attacher à ces neuf-là.


Caron, c'est aussi un festival de bons mots et de formules qui font mouche à tous les coups.


« Les Rolling Stones sans la drogue, c'est les Rubettes ! »
« Après soixante ans, si tu travailles le matin et que tu ne sens rien à midi, c'est que tu es mort ! »

« Le shabat mater qu'on a joué à l'église, c'est une musique de chez nous pour le vendredi soir ? »
(J'écris ces citations de mémoire, mais l'esprit est totalement là, que l'auteur me pardonne... )


Mais voilà : ce comique de situation va côtoyer des échanges d'une méchanceté et d'une férocité redoutables.
C'est là l'une des grandes réussites de ce texte.
Nous naviguons en permanence entre l'éclat de rire, et la froideur due à des tirades ultra-vachardes.
Ce chaud et froid est un vrai régal !

Pour interpréter ces neuf personnages plus authentiques les uns que les autres, l'auteur-comédien s'est entouré de huit camarades tous excellents dans leur partition.
Tous confèrent à leur rôle une vraie justesse, et une vérité parfois troublante.
J'ai vraiment été embarqué par cette histoire, j'ai vraiment pris parti pour un tel ou un tel, au fil du déroulé de cette heure et trente minutes.
Ces neuf nous happent et ne nous lâchent plus.

Mention spéciale pour Karina Marimon qui incarne une Suzanne très haute en couleur malgré son habit noir, avec une faconde et un humour irrésistibles.
Grâce à un accent épatant (que je vous laisse découvrir), avec une vis comica avérée, avec un texte ciselé et drôlissime, sans oublier une très belle voix (Melle Marimon est une excellente chanteuse, n'est pas Mike Brandt ?...), elle nous enthousiasme. Vraiment.
(Cerise sur le gâteau, sa petite intervention après les applaudissements nourris est un petit bijou, qu'elle joue dans la continuité de son personnage. Elle est parfaite !)

Voici donc une vraie bonne soirée, qui me fait penser à celles qu'on passe sous le pin parasol, sous une guirlande de petites loupiotes, avec au loin le bruit de la mer, et autour d'une bonne bouteille de rosé de pays, sans étiquette et qui pique un peu.
Une soirée qu'on a envie de faire partager à ses copains et amis.
Une soirée d'été qui détend, qui procure beaucoup de bon temps, qui permet de s'amuser, mais pas que.


Un soirée qui sans avoir l'air d'y toucher, pose les jalons de bien des interrogations.
« Je persiste à penser qu'il n'y a pas d'humains méchants. Il n'y a que des gens qui souffrent », écrit Didier Caron.

Publié dans Critique

Commenter cet article