Le gros diamant du prince Ludwig

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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On ne change pas une équipe qui gagne !
Bis repetita placent !
Ils sont revenus, ils sont tous là !

« Ils », c'est évidemment la désormais célèbre troupe des « Faux British », récemment et à juste titre moliérisée.
Oui, ils nous reviennent, et en pleine forme !

Je persiste et je signe : avec ces joyeux et joyeuses drilles, je retrouve un mélange des Branquignols de Robert Dhéry et de l'équipe du Splendid à ses débuts.


Comique de situation, comique de répétition, comique de gestes et de postures, mais aussi comique de mœurs et de caractères : leur palette est très large avec un seul but une nouvelle fois atteint : déchaîner l'hilarité de la salle.


Je pèse mes mots : parfois, nous sommes dans une hilarité qui frise même le surréalisme, tellement les situations peuvent être énormes.


Autant le dire tout de suite, le sujet de la pièce tient en très peu de mots.
Une équipe de bras plus que cassés d'un pénitencier canadien veut à tout prix s'emparer du diamant d'un prince hongrois, un gros caillou entreposé dans la chambre ultra forte d'une banque américaine.
Qui repartira avec ?
(Avec le diamant, pas avec le prince, que l'on n'apercevra que quelques secondes sur scène, mais je me garderai bien d'en dire plus...)
Voilà l'intrigue.


C'est ce qu'il y a autour de ce fil conducteur on ne peut plus ténu qui importe.


Que de moyens judicieusement employés pour nous faire rire et passer un très très bon moment !


Des dialogues souvent drôlissimes ! (La tirade mélangeant les concepts de transport en commun et communisme m'a tiré un vrai fou-rire partagé par mes voisins qui se reconnaîtront...)

Des jeux de mots, des calembours, des à peu-près, tout y passe.


Autre moyen, une mise en scène au cordeau, ultra précise. (Certaines scènes sont dignes des meilleurs directions d'acteur feydoliennes.)


Des décors aux petits oignons, très beaux, avec des perspectives forcées, avec des éléments qui montent et descendent des cintres. Grosse prod' !
Un « acte » entier, à ce titre, est époustouflant. Le metteur en scène Gwen Aduh et le décorateur Michel Mugnier se jouent littéralement de la pesanteur.
C'est à la fois très malin, très neuf, très visuel, et là-encore hi-la-rant.


Autre procédé qui fonctionne pleinement : tout au long de cette heure et quarante minutes, nous sont proposés des codes narratifs et visuels cinématographiques qui sont plus ou moins détournés et parodiés.
C'est ainsi que nous naviguons entre « Casablanca », « Mission impossible » (Ah ! Ces lasers...), ou encore les films noirs des années 50.
A nous de décoder, à nous de trouver la distance.


Et puis, bien entendu, last but not least, les comédiens nous ravissent.
Tous donnent énormément, tous y vont à fond, tous se lâchent !
Pour la plupart endossant plusieurs rôles, tous sont très justes.
On croit vraiment à leurs personnages déclenchant des catastrophes en série. Je me suis vraiment pris à leur jeu très rapidement, j'étais vraiment dedans.
On sent réellement un esprit de troupe, ils se connaissent bien et ont l'habitude de jouer ensemble.
Les automatismes sont là, ils savent mettre nos zygomatiques à rude et jubilatoire épreuve.


Une mention spéciale à un trio de musiciens jazz, piano, drums, contrebasse, qui, côté cour, fait patienter pendant les changements à vue de décor.


Une nouvelle fois, cette très fine équipe déclenche une quantité incroyable de rires et fou-rires dans un théâtre du Gymnase hier soir plein à craquer.


De la vraie et belle ouvrage.
Vivement un troisième opus !

Publié dans Critique

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