La petite fille de M. Linh

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Une histoire d'exil.
L'histoire d'un homme qui doit tout abandonner.
Son pays, sa femme et son fils, tous deux victimes de la guerre.

Une histoire terriblement actuelle.
M. Linh est cet homme. Ce migrant.
Il n'a pas eu le choix. Après avoir trouvé sa femme et son fils abattus auprès d'un bœuf éventré, il doit fuir.

Mais il n'est pas totalement seul.
Sang Diû, sa petite fille l'accompagne. Il la serre dans ses bras.

Après un terrible voyage en mer, il parvient à rejoindre un pays qui pour lui ne sera qu'un monde hostile.

Une histoire d'addition de deux solitudes, une histoire d'amitié.
Car la rencontre avec M. Bark, un autre déraciné, sera déterminante. A plus d'un titre.
Un dénouement inéluctable et dramatique conclura ce conte moderne.

La comédienne Sylvie Dorliat a adapté ce roman de Philippe Claudel, car elle avait très envie de nous le transmettre en mettant en sons et en images les mots de l'auteur qu'elle nous dit, de sa voix grave.

Elle a demandé à Célia Nogues de mettre en scène cette adaptation.
L'entreprise est réussie.
J'ai été happé par cette évocation d'un des drames humains les plus actuels.

Melle Dorliat apparaît en contre-jour, son ombre étant projetée sur l'un des trois grands voilages qui constituent avec un joli petit banc le décor de la pièce.
Ces voilages serviront très judicieusement d'accessoires, à la toute fin du spectacle.

Elle est vraiment ce M. Linh, devenu pour les autres immigrés un impersonnel « Oncle », comme les autres.

Elle nous fait croire à la solitude, au désespoir, au poids du destin qui accablent cet homme, mais également à l'amour protecteur (trop?) qu'il porte à sa petite fille.

Puis, elle incarne M. Bark, avec une vraie faconde, avec une vraie truculence. (Un tout petit bémol : on ne croit pas au « savoir fumer » de la comédienne. Là, la mise en scène est peu exagérée. Mais peu importe...)

La comédienne nous raconte ensuite cette rencontre de deux solitudes en terra incognita.

Tout au long de cette heure et quinze minutes, elle excelle vraiment à traduire en mots et en images ce roman poétique et onirique.
Une leçon d'humanité.
C'est une vraie réussite.

 

Et puis, c'est l'occasion de réécouter les belles pièces musicales de Gabriel Yared, composées pour le film de Jean-Jacques Annaud « L'amant ».

Publié dans Critique

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