Un petit jeu sans conséquence

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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« Un petit jeu sans conséquence » est une pièce de théâtre écrite en 2003, écrite par Jean Dell et Gérald Sibleyras.


Cette comédie douce-amère est devenue un classique contemporain du genre.
Il faut dire qu'il y a du Marivaux dans l'idée de départ et les péripéties qui vont en découler.


Et si Claire et Bruno, qui forment un couple uni, bien établi, et si ces deux-là décidaient de faire croire à leurs amis qu'ils se séparent ?


Que se passerait-il ?
Comment leurs proches réagiraient-ils, qui profiterait de quoi ?
Les masques tomberaient-ils ?
Des révélations surgiraient-elles en cascade ?
Sans avoir l'air d'y toucher, il y a comme une espèce de dimension sociologique dans tout cela.


Eric Laugerias a mis en scène les cinq comédiens de la pièce.
Il a beaucoup joué avec l'  « espace physique » de la salle, ce qui prolonge parfaitement l'espace traditionnel de jeu du plateau.
Beaucoup d'entrées et de sorties se déroulent par l'allée centrale ; est utilisé également et souvent l'espace entre la scène et le premier rang des spectateurs.
On peut ainsi se dire que l'on est vraiment plongé dans l'action et qu'on y participe, finalement, comme si nous étions partie prenante de tout ça. Comme une espèce d'immersion.
C'est une très bonne idée, qui fonctionne parfaitement.

 

La direction d'acteurs de Laugérias est nerveuse, précise et efficace.
Les cinq comédiens forment vraiment un ensemble cohérent et très crédible.


Alain Cerrer et Ségolène Prunier, ce soir-là, incarnaient Bruno et Claire, les époux comparés à « deux cons béats qui mangent le pain sous la couette ». J'adore la métaphore.
(J'ai écrit « ce soir-là » car certains acteurs jouent en alternance.)

Les deux sont parfaits, lui en mari nounours, souvent dépassé par les événements, elle en épouse qui s'interroge sur sa capacité à séduire encore, et qui voudrait bien savoir si...


Géraldine Vandercammen campe la « meilleure » amie de Claire. Les guillemets sont importants...
Sa partition n'est pas des plus faciles, elle doit faire apparaître une sorte de duplicité mêlée à une candeur et une naïveté des plus amusantes. (La scène du cercle polaire arctique est hilarante.)

Fabrice Pannetier est le séducteur qui se retrouve au milieu de ce jeu de l'amour et du bazar.
Sans jamais surjouer, tout en finesse, il déroule ses scènes de la meilleure des façons.
Il parvient à rendre son personnage très intéressant.

Et puis il ne faut pas oublier Michel Baladi, en cousin pique-assiette qui s'incruste là où il peut.
En salopette à fleurs multicolores, sur laquelle un caméléon mourrait de fatigue, ils est impayable, avec parfois des accents à la Galabru.
On ressent une vraie vis comica de sa part.

Au final, on rit souvent, on sourit, et on est ému parfois.
Sans chercher jamais à donner de prétentieuses leçons, sans vouloir être pédant, en voulant divertir intelligemment les spectateurs, les comédiens et le metteur en scène réussissent à donner leur propre version de la pièce, différente de celle de la création, en 2003, ou de l'adaptation cinématographique qu'en fit naguère Bernard Rapp.
Une version qui est reprise à la Comédie de Paris, mais qui a déjà été jouée ailleurs plus de cent cinquante fois !

Publié dans Critique

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