Le dindon

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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EN 2015, le metteur en scène Philippe Person devenait le premier directeur de l'école d'art dramatique du Lucernaire.
La formation durant deux ans, c'est donc logiquement en ce mois de juin que les élèves de la première promo nous présentent leur travail de fin de cycle.


Philippe Person, rejoint pour l'occasion par Florence Le Corre, ont choisi de mettre en scène les douze élèves dans le Dindon de Georges Feydeau.


Entreprise pour le moins risquée.
Car ici Feydeau se surpasse.
Rarement son écriture avait été aussi précise et machiavélique, rarement la mécanique infernale et l'horlogerie de précision feydoliennes n'avaient été aussi élaborées.


Entreprise risquée, certes, mais assumée et totalement menée à bien !


Les deux metteurs en scène, sachant bien l'intemporalité de l'auteur (c'est évidemment le propre de tous les classiques), ont choisi de monter une version totalement contemporaine, on ne peut plus XXIème siècle.


Une version survitaminée, également.
Et ils ont bien eu raison.
Le sujet se prête en effet à une interprétation débridée : l'adultère, les passions humaines dérisoires, la lâcheté des hommes, mais également une certaine forme d'émancipation des femmes, qui veulent tromper leurs maris respectifs, si ceux-ci « dégainent » en premier.


Oui, ce qui prime dans ce spectacle, c'est l'énergie juvénile.
Ca pulse, ça bouge, ça déménage !
Durant une heure vingt, les élèves se démènent, ne ménagent pas leur peine et leur sueur !


Leur envie de jouer est palpable. On le voit bien : ils s'amusent, ils sont heureux d'être sur scène, devant nous. C'est une aventure collégiale. C'est évident.


On décèle également une vraie fraîcheur, une forme d'ingénuité, ils osent, ils y vont, ils se lâchent, ils donnent tout.


La précision est bien là.
Le rythme, aussi. Les situations s'enchaînent à la perfection, le timing est impeccable. Les entrées sorties sont millimétrées

 

Le niveau général de la troupe est élevé !
J'ai particulièrement apprécié le travail de cinq comédiens.

Alice Persain et Emmanuelle Cabin Saint Marcel sont une Lucienne et une Mme Pontagnac (Ah ! Cette cravache...) épatantes.
Elles incarnent parfaitement ces grandes bourgeoises qui vont se « révolter » contre leur mari et leur condition de femmes soumises.

Julie Pacheco est formidable dans son rôle de Maggy, la britannique épouse au sang chaud.
Elle possède une réelle vis comica, et déclenche bien des fou-rires dans la salle.
Son accent est énorme. Il faut l'entendre prononcer « la rue Roquepine » !

Redillon est quant à lui incarné par Valentin Rapilly. Il est lui aussi hilarant, essayant de se placer auprès de ces dames, ou bien encore se retrouvant au sol à faire des moulinets de jambes !

Et puis, il y a Eric Julliard, qui, avec un flegme drôlissime, incarne les deux valets de chambre, un commissaire de police à la Colombo, et surtout un gérant d'hôtel hallucinant et halluciné, tout droit sorti du concert de Woodstock. Il est grandiose !

On l'aura compris, tous ces jeunes ont mis à profit les leçons et les conseils de leur professeur Philippe Person.
Nul doute que j'aurai l'occasion de reparler d'eux, dans ces colonnes.

Ne manquez surtout pas ce Dindon-là !

Publié dans Critique

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