Justin prend du Spectrum

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Découvrir une pièce inédite de Rémi De Vos est toujours une expérience fascinante et jubilatoire.
De Vos. Une écriture au scalpel, sans concessions, des univers fantasques, barrés, étranges, qui nous forcent à nous interroger sur le nôtre.


Des thèmes qui s'entremêlent, s'entrechoquent et se chevauchent, comme une fugue et un contrepoint totalement assumés.


Un humour féroce, noir, très noir, plus que noir, qui moi m'enchante et me fait hurler de rire.
Dans ce « Justin prend du spectrum », tous les ingrédients De Vosiens sont bel et bien là.


Nous sommes en 2050.
Deux employées d'un établissement thermal rentrent de leurs congés annuels et se retrouvent dans leur vestiaire..
79 et 69 ans, mais en paraissant bien 20 de moins.
Et pour cause : dans les années 2050, la lutte contre le vieillissement semble bien être la principale préoccupation, à grands coups de médicaments en tous genres, tels le Rigodal, le Dépressial ou encore le Sénélium. Des substances chimiques interagissant au sein de posologies délirantes : « Avec tout ce qu'il prenait, il avait tellement de poils qu'il allait chez le vétérinaire ! »

Elles vont retrouver Justin, un barman flegmatique (c'est un euphémisme...) qui lui, prend du Spectrum destiné à... vieillir.

Il y a du Beckett dans cette pièce.
Les personnages en racontant leur vie, en se racontant, racontent le monde absurde dans lequel ils vivent.

Le nôtre ?

On rit énormément, d'un rire porteur de bien des interpellations actuelles.
Le metteur en scène Olivier Oudiou l'a bien compris qui a réuni sur son plateau trois comédiens vraiment épatants.

Yveline Hamon est hilarante !
Ses mimiques, ses attitudes, sa voix grave un peu éraillée, sa vis comica, la folie tragique qu'elle confère à son personnage nous enchantent véritablement.
Elle déclenche une cascade de rires plus appuyés les uns que les autres.

Maryse Pouhle lui donne la réplique de la plus belle des manières.
Elle aussi sollicite beaucoup nos zygomatiques, grâce à une énergie et une vitalité phénoménales. La scène derrière la porte du placard est énorme. (Je n'en dirai évidemment pas plus...)

Et puis il y a Bruno Boulzaguet !
Tel un Buster Keaton au mieux de sa forme, il ne rira jamais.
Son flegme, ses attitudes neurasthéniques, sa façon de parler de lui à la troisième personne sont eux aussi vecteurs de bien des rires.

Les trois comédiens, dès les premières répliques, font mouche. On est vraiment happés par leurs histoires respectives, individuelles ou collectives.
Je me suis pris très rapidement à les aimer, ces trois personnages.

La mise en scène d'Olivier Oudiou est à l'avenant de l'écriture de l'auteur.
Il va à l'essentiel. Ici, c'est le texte qui prime, pas besoin de grands effets ni de grands décors.
Les comédiens se suffisent à eux-mêmes.
Sa direction d'acteurs est précise, exigeante, tout en laissant à chaque comédien un espace certain.
Son travail sur la voix off qui de façon récurrente et de plus plus en plus insistante appelle des patients au nom délirant (Anne Evrisme, Natacha Tertone...), ce travail-là est excellent.

Courez donc voir ce petit bijou. Ce spectacle est une vraie réussite qui ne laissera personne indifférent ou atone sur son fauteuil.
Allez découvrir cette pièce inédite de Rémi De Vos. Vous ne le regretterez pas !


Sinon, vous reprendrez bien une dose de Rigodal ?

Publié dans Critique

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