Histoire du soldat

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Un délice !
Le Poche-Montparnasse nous propose un pur délice à la fois faustien, dramaturgique et musical.
Oui, cette histoire du soldat est purement et simplement délicieuse.


Un conte fantastique porteur de bien des significations et autres métaphores.


Un soldat, capote bleu horizon, pantalon garance, rentre chez lui en permission, un petit violon sous le bras.
Chemin faisant, le Diable en personne lui propose un marché : en échange de ce violon, allégorie de l'âme du troufion, Méphisto lui donnera un livre capable de prédire l'avenir.

Notre soldat devra faire face à bien des péripéties pour arriver dans un royaume dans lequel la princesse est souffrante. Arrivera ce qui doit arriver, ce que je vous laisse découvrir par vous même.

Voilà la trame de ce conte fantastique qu'ont adapté l'auteur Charles-Ferdinand Ramuz et le compositeur Igor Stravinsky, exilé en Suisse, en 1918.

 

On s'en doute, la pièce initialement destinée à être jouée en tournée ambulante dans les villages les plus reculés, cette pièce est prétexte à décrire le contexte historique de l'époque : le soldat est une pauvre victime de guerre, le diable est l'armée ennemie, le livre qui va prédire l'avenir est le symbole du matérialisme rampant, et peut-être du capitalisme naissant.


On aura compris également que nous sommes dans une métaphore très actuelle : sont mis en évidence les rapports entre l'art et l'argent, l'art contre l'argent, l'art en dépit de l'argent, j'en passe et des pires...


Un lecteur nous narre cette fable : c'est le malicieux Claude Aufaure qui s'y colle.
C'est un pur plaisir de l'entendre nous faire découvrir les tenants et les aboutissants de cette histoire, de sa voix reconnaissable entre mille et de ses yeux pétillants.

Il excelle en narrateur-confident de ce soldat.


Un soldat interprété de belle façon par Fabian Wolfrom. Une partition tout en nuances : il doit faire montre de candeur, d'ingénuité, mais aussi de passion et de rouerie. Le comédien est parfait.


Dans le rôle du Diable, un comédien que les habitués du Poche connaissent bien : Licinio Da Silva.
Je n'irai pas par quatre chemins : il est excellent !
Machiavélique, méphistophélique, le comédien ne ménage pas sa peine. Dans de très beaux costumes rouges et noirs, que l'on doit à Michel Dussarat, il irradie le plateau de sa faconde et de sa vis comica. On ne peut rester de marbre devant sa drôlerie, sa folie, ses gestes et ses postures scéniques.


Bien entendu, il fallait sur scène des musicien(ne)s pour interpréter la partition de Stravinsky.
Ce sont les musiciens de l'orchestre-atelier Ostinato qui s'y collent, dirigés ce soir-là par Olivier Dejours. Eux aussi sont costumés en piou-pious plus ou moins poilus.


Autant le dire tout suite, leur partition atteint des sommets de virtuosité et de technicité.
Des traits de clarinette, de cornet ou de basson sont époustouflants. Les membres de l'orchestre sont eux aussi excellents.
Pour autant, la musique caractéristique du compositeur d'origine russe ne tire jamais la couverture à soi, et colle parfaitement à la trame narrative de la fable.

Le rôle muet de la princesse est joliment dansé par une ballerine qui surgit de la salle. Elle mériterait plus d'espace, mais comment donc pousser les murs du Poche ?

Le metteur en scène Stephan Druet n'a pas cherché à surajouter des effets inutiles. Ici, c'est une sobriété de très bon aloi qui règne.
Il a parfaitement réussi à faire cohabiter comédiens et musiciens. L'osmose est tangible. Chacun sait ce qu'il a à faire et le fait bien.

Cette Histoire du Soldat est une véritable pépite. Un moment de vrai bonheur théâtral et musical.
Une bien belle réussite !

(c) Photo Y.P. -

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