Comme il vous plaira

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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La forêt.
Lieu ô combien symbolique dans l'oeuvre de Shakespeare.
La forêt, lieu féérique, lieu de partage, lieu de rencontres, lieu privilégié du groupe, lieu de toutes les régénérescences, également.


C'est dans la forêt des Ardennes que va se retrouver tout un groupe de jeunes gens qui, à priori, n'auraient jamais rien eu à y faire.


L'héroïne, Rosalinde, en compagnie de sa cousine Célia, y fuit son oncle, le duc Fabrice, l'usurpateur.
Elle devra s'y déguiser en homme.


Orlando, quant à lui, fuit son frère frère aîné, Olivier, qui le menace d'une mort certaine.

Rosalinde et Orlando, vous vous en doutez, se sont aimés au premier regard, bien avant l'exil...
Ils vont se retrouver dans les bois, au milieu de partisans ayant fui la Cour.


Après bien des péripéties, après bien des avatars, l'amour triomphera, bien des couples se formeront.
Les plaisirs régneront enfin. La future société sera-t-elle meilleure que la précédente ?


Dans sa note d'intention, Aurélie Toucas, la metteure en scène, a choisi de mettre l'accent sur le « vivre ensemble » contemporain.
Qu'y a-t-il en effet de plus difficile, dans nos société actuelles, soit-disant modernes et sophistiquées, que de vivre ensemble, en compagnie de son prochain ?


Elle a choisi de matérialiser sur scène cet aspect sociétal par un vrai barbecue.
Quelle bonne idée ! (Et quel supplice également pour les spectateurs : les parfums de viande grillée qui sautent aux narines font beaucoup d'envieux, mais seuls les comédiens se régaleront de leurs brochettes ! )


La mise en scène d'Aurélie Toucas est donc très organique.
Les corps des cinq comédiens sont mis à rude épreuve : ils s'attirent, s'étreignent, se repoussent, tombent, rampent, sautent...
De belles scènes de combat, de vraies chorégraphies, des tableaux animés nous ravissent.


Ici, peu de décors, les costumes faits de bric et de broc ainsi que les accessoires sont amplement suffisants.
Nous sommes en permanence dans l'épure, dans le symbole.


Nous sommes également dans l'apparence trompeuse : qui est un homme, qui est une femme ?
Le grand William et Melle Toucas brouillent les pistes et les cartes.

A nous de faire le job. Quid de l'identité de chacun, quid du genre des personnages ?...


Les cinq comédiens vont assumer tous les rôles de la pièce.
Clémentine Bernard est une Rosalinde puissante, fière et passionnée.
La comédienne est totalement convaincante, en espèce de pasionaria sylvestre.
Avec sa voix grave, avec ses gestes précis et mesurés, avec son interprétation tout en nuances, elle m'a beaucoup impressionné.


Brice Osmain joue la cousine Célia, sans forcer le trait trans-genre, mais parvenant grâce à des subtiles formes de jeu à déclencher les rires.


Zacharie Saal est un Orlando tout à fait crédible et juste, lui aussi.


Pierre Léandri et Tristan Zerbib se partagent le reste des rôles, eux aussi totalement investis.


On sent une réelle cohésion dans ce quintet enthousiaste. C'est vraiment un théâtre de bande, de copains engagés dans une vraie démarche dramaturgique.
Je n'aurai garde d'oublier la partie musicale, qui tient une grande importance.

On l'aura compris, Aurélie Toucas signe donc une adaptation très réussie de cette pièce de Shakespeare. Une adaptation contemporaine, (n'est-ce pas, Daniel Cohn-B. ? ) qui permet de remettre en perspective bien des choses.

 

Voici une pièce rarement jouée, que je vous engage à découvrir ou à redécouvrir. Cette version ne peut laisser personne indifférent.

Publié dans Critique

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