Monsieur Nounou

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Mais quelle bonne idée !
Mais quelle bonne idée a eu Luq Hamett de monter cette pièce de Georges Feydeau et Maurice Desvallières !


Une pièce rarement jouée. Et pour cause !
Ecrite en 1895, elle avait fini par totalement disparaître. Le texte original avait été égaré en Belgique.
Il a fallu attendre pratiquement un siècle pour qu'un comédien belge remette par hasard la main sur le manuscrit et le transmette à Alain Feydeau, l'héritier du grand Georges.


Bon d'accord. Ce n'est pas la pièce feydolienne la plus aboutie. C'est une pochade.
Mais quelle pochade !

Un peu comme ce qui arrivait à Mme Doubtfire dans le film éponyme, un obscur clerc de notaire va devoir se transformer en nourrice pour échapper à la vindicte du domestique en poste chez le député Veauluisant.


L'un des grands mérites de Luq Hamett est d'avoir demandé à Emmanuelle Hamet d'adapter la pièce. A elle et au comédien qui incarne Blanquette, cette nourrice, à savoir Tex.

Cette adaptation comporte avant tout des rajouts drôlissimes faisant référence à l'actualité, à des personnalités très connues et des situations politiques on ne peut plus contemporaines.
Je n'en dirai évidemment pas plus, je vous laisse découvrir par vous-mêmes.

Pour autant, l'esprit Feydeau est bien là.
Le rythme trépidant, la mécanique infernale, l'horlogerie de précision sont bien présents sur scène.
Pendant une heure trente, les cinq comédiens ne nous lâchent pas. Impossible de baisser la garde.
Tous donnent énormément, tous se dépensent sans compter, atteignant parfois des moments de véritable folie comique.

Sur le plateau, un signe qui ne trompe pas, le quintet s'amuse énormément.
C'est visible, c'est palpable. Des copains qui s'amusent à jouer. Et c'est plus rare que l'on ne pense...
Une vraie cohérence se dégage de tout cela, ils se regardent, ils s'écoutent, ils se « chahutent » parfois, attrapant des fou-rires imprévus.

Belen Lorenzo campe une femme de chambre plantureuse, « portée sur la chose et l'autre sexe ». La comédienne dégage de vrais moments hilarants.
Eric Massot est Médard, le domestique vindicatif transi d'amour, qui n'hésitera pas à se saisir de son grand fusil pour occire le clerc de notaire. Son imitation du coq ne peut laisser aucun zygomatique indifférent 
Jacques Bouanich est le député Veauluisant qui travaille à la chambre, même si ce n'est pas forcément celle que l'on croit... Lui aussi est impayable. Quel métier !
Lionel Laget est quant à lui Catulle, un neveu, comment dire... Un neveu qui n'a pas forcément toutes ses facultés, et c'est un euphémisme. Le comédien est épatant. Je n'en dis pas plus...


Et puis, il y a Tex !
Quelle vis comica, quelle puissance comique ! Il rentre sur scène. Il n'a encore rien fait, il n'a encore rien dit. Et l'on rit.
Dans cette délirante pièce, il est éblouissant en nourrice « bourguignonne de Bourgogne ».
Son jeu est puissant, plus qu'efficace, toujours au service de la pièce.

Tex vient du one-man-show. Là aussi, c'est palpable.
Il ne peut s'empêcher d'apostropher le public, de prendre à partie plusieurs spectateurs.

Pour autant, il ne s'accapare pas le public, jamais il ne tire la couverture à lui.
Tous les comédiens ont leur place, leurs effets, leurs bons mots. Ici, une nouvelle fois, c'est véritablement une aventure collective.

Au Rive-Gauche, cette production fait mouche, le contrat est totalement rempli.
Je me répète : il s'agit d'une pochade, de l'aveu même des auteurs. Mais comme elle est réussie, cette pochade-là !

Il ne faut pas chercher autre chose qu'à s'amuser, à passer du vrai bon temps pendant quatre-vingt dix minutes.
De vrais rires plus ou moins fous parcourent constamment la salle.
Des rires sains, des rires véritables, des rires utiles.
Et par les temps qui courent, ce n'est pas du superflu !

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A la sortie du spectacle, Tex a bien voulu répondre à mes questions.
L'interview webradio sera diffusée ici même, dans les jours qui viennent.

Publié dans Critique

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