L'oiseau bleu

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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« Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,

Les souvenirs et les regrets aussi... »


Qui n'a jamais fredonné « Les feuilles mortes », cette merveilleuse chanson co-écrite par Jacques Prévert et Joseph Kosma ?


Certainement pas Gaël Giraudeau accompagné de Fabrice Bibas, au piano.
Les deux compères rendent en effet un bien bel hommage au célèbre et mythique duo, en interprétant le spectacle « L'oiseau bleu », écrit et mis en scène par Catherine Morrisson.


Pour autant, sous les doigts du talentueux pianiste Fabrice Bibas, c'est Debussy qui ouvre le bal.
Debussy et les notes cristallines de son « Clair de lune » vont donner le ton de la poésie, du merveilleux et de l'humour, aussi.


C'est en contre-jour que va apparaître Gaël Giraudeau, seul en scène pendant un peu plus d'une heure.


Derrière une grande voile blanche hissée sur le plateau du studio Hébertot, le comédien interprète un premier poème, tel un genre de Quasimodo géant dû à l'éclairage en contre.
La voile... Le symbole du voyage, de l'évasion vers un autre ailleurs, de la destination vers des contrées éloignées...


Mais qu'on ne s'y trompe pas.
Ce spectacle ne sera pas un « simple » récital de poésies et de chansons.
Non. Ce sera beaucoup plus que cela.


Gaël Giraudeau, par le biais des mots de Catherine Morrisson, s'adresse à nous.
Tel un Pierrot un peu lunaire, (il en a pratiquement la tenue immaculée), il va nous renvoyer à notre enfance, par le statut d'homme-enfant que son personnage revendique haut et fort.


Cet homme-enfant qui nous interpelle et nous apostrophe, nous fait comprendre bien vite combien il est important de ne pas oublier celui ou celle que nous étions, tout petits...


Le comédien et le pianiste, dans une totale complicité non feinte et palpable, nous emmènent alors au pays « du Jacquot et du Jojo ».


Ce pays fait de poésie, de musique et de rêve, un pays que nous avons tendance à trop ignorer.


Gaël Giraudeau ne ménage pas sa peine.
Sa partition est très physique : il va, vient, arpente le plateau, court, bondit, virevolte, danse (fort gracieusement) et se transforme parfois en vrai magicien.


Le comédien joue en finesse, avec une vraie délicatesse.

Tout ceci est une jolie dentelle poétique. Il sait vraiment nous embarquer dans le monde de Prévert et Kosma.


De sa voix claire, il interprétera d'inoubliables poèmes et d'intemporelles chansons.
Sans chercher à imiter qui que ce soit, sans chercher des effets de voix superfétatoires, il les chantera telles qu'il les ressent, telles qu'il les comprend.
Et bien souvent de façon très touchante, grâce également aux somptueux arrangements de Fabrice Bibas.


Ces chansons appartiennent désormais au patrimoine culturel universel, ce sont par exemple « Les enfants qui s'aiment », « la chasse à l'enfant », et bien entendu, les fameuses « feuilles mortes ».
 

Il faut noter que nous entendrons une magnifique version gitane de cette dernière, produite spécialement pour ce spectacle.

 

J'ai assisté à un spectacle très original, à mi-chemin entre un conte de fées et un récital intimiste.
Cet itinéraire poétique, cette immersion au pays du merveilleux, ce voyage intérieur, aussi, passeront beaucoup trop vite.

« C'est une chanson qui nous ressemble,
Toi tu m'aimais, moi je t'aimais... »

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Dans les jours qui suivent, je vous donnerai à entendre l'interview que m'ont accordée l'auteure, l'interprète et le pianiste de cet "Oiseau bleu".
 

Publié dans Critique

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