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De la cour au jardin

Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

L'hôtel du libre-échange

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

L'excellence !
Une nouvelle fois cette saison, une production du Français confine à l'excellence !


Cet Hôtel du Libre-Echange (220 rue de Provence), mis en scène par Isabelle Nanty qui dirige une troupe en état de grâce, cet Hôtel du Libre-Echange restera un moment très fort de cette année 16/17.


Ici, dans cette pièce, Feydeau (avec son collaborateur Maurice Desvallières), continue d'analyser en vrai sociologue qu'il est un sujet qui lui est on ne peut plus cher : le couple.


Le grand Georges va mettre ici en scène des fantasmes d'adultère, au moyen de situations plus délirantes, plus alambiquées les unes que les autres.

Grâce également à des quiproquos invraisemblables, sans oublier des dialogues hallucinants de cynisme.


Parfois, on est proche du désespoir le plus pathétique (aucune illusion à se faire, l'homme est décidément un étrange animal...), mais heureusement, l'humour féroce recadre tout.


Pour sa première mise en scène au Français, Isabelle Nanty s'empare de façon on ne peut plus convaincante des codes du vaudeville feydolien.
Rien ne manque, et surtout pas cette fameuse mécanique implacable et millimétrée qui déroule l'action.


Elle a su nous faire pleurer de rire (c'était en tout cas mon cas, je peux vous l'assurer) mais elle a su également parfaitement rendre compte de cette forme de désespérance évoquée plus haut.


Ses personnages qui se débattent dans l'inextricable, qui souffrent, qui travestissent comme ils peuvent la réalité m'ont enchanté, mais m'ont également ému. Il y a là une vraie ambivalence.


Bien entendu, pour mener à bien sa petite entreprise hôtelière, Melle Nanty a eu sous la main, je me répète, mais j'y suis bien obligé, une troupe en état de grâce.


Michel Vuillermoz en Pinglet, entrepreneur très entreprenant est véritablement formidable. Il m'a enthousiasmé dans son rôle de mari voulant tromper sa femme avec celle de son meilleur ami (Une Florence Viala elle aussi parfaite.).
Il est fourbe, bravache, cynique, machiavélique, et bien entendu pathétique. Sa palette de jeu est éblouissante !
(Sa rencontre « fortuite » avec un vilebrequin constitue un moment inoubliable !)


Une nouvelle fois, il est « marié » à Anne Kessler, comme dans Père de Strindberg, la saison passée.
Melle Kessler (qui termine avec un œil au beurre noir !) est elle aussi absolument éblouissante de drôlerie. Elle en est même vertigineuse, dans le dernier acte.


Ai-je besoin de préciser que Christian Hecq, en avocat bègue lorsqu'il pleut (si si, on frise le surréalisme...) est une nouvelle fois hallucinant ?
Son incroyable gestuelle, son débit, ses tics langagiers, visuels et corporels constituent un véritable réservoir de fou-rires.
(Mention spéciale à sa perruquière...)


Laurent Lafitte est quant à lui impayable en tenancier d'hôtel borgne, roulant des yeux comme des quinquets et exhibant ses fausses dents manquantes à qui mieux mieux !
Il intervient lors des changements de décor en poussant de fort belle manière la chansonnette.


Un (tout) petit regret cependant.
J'ai noté une petite baisse de régime au début de l'acte III.
Mais il faut dire que l'écriture est ici moins percutante, et que ce qui a précédé nous a fait devenir très exigeants ! Feydeau voulait sans doute que le public se repose un peu les zygomatiques...
Heureusement, la fin de la pièce retrouve rapidement cette virtuosité des deux premiers actes.


Il faut bien entendu mentionner la scénographie somptueuse de Christian Lacroix, ainsi que ses sublimes costumes.


Oui, c'est un véritable tourbillon de folie maîtrisée qui s'abat sur le plateau de la salle Richelieu.
Un signe qui ne trompe pas : dès le noir final, les spectateurs réagissent directement en rythmant leurs applaudissements à l'unisson.


Un état de grâce, vous dis-je !

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