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De la cour au jardin

Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Comtesse de Ségur née Rostopchine

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Le rideau rouge finit par s'ouvrir.
Elle nous attendait, devant un grand sofa couvert de livres, à côté duquel est posé sur une petite table un très joli samovar. Un vieux cheval de bois est là pour évoquer le monde de l'enfance.


Elle.
L'ex-sociétaire de la Comédie Française. Trente-trois ans de grande maison.


Bérengère Dautun.
Seule en scène et en costume d'époque.
Elle est vêtue d'une robe longue, très stricte, sans autre dentelles que celles d'un tout petit col.
La Comtesse de Ségur, née Rostopchine, est sur scène, avec les mots de Joëlle Fossier, l'auteure de la pièce.


Cette pièce, elle l'a vraiment écrite pour la comédienne, qui a reçu le texte par la poste.


Tout de suite, c'est une surprise, la Comtesse s'adresse à nous, nous raconte le pourquoi de sa venue sur scène, nous demande d'éteindre nos portables, peste contre ces appareils : à son époque, nous dit-elle, une lettre mettait parfois un mois à parvenir à son destinataire !


Une fois « les présentations » faites, elles vont nous raconter la vie de cette femme de lettres.
Elles ? Oui, elles vont s'y mettre à deux, tellement Bérengère Dautun incarne de façon troublante ce personnage tellement méconnu.


Jusqu'ici enjouée, drôle, primesautière, la comédienne va nous démontrer s'il en était encore besoin l'immense étendue de son registre, de sa palette de jeu.


En effet, elle va nous faire vivre l'enfance épouvantable de la petite Sophie Rostopchine.
Adorée d'un père très souvent absent et maltraitée par une mère beaucoup trop présente.
Sous couvert d'une éducation stricte, nous sommes les témoins impuissants d'une véritable maltraitance.


Une larme coule sur le beau visage de Melle Dautun.
Bien entendu, une question est dans toutes les têtes.

Où la comédienne est-elle allée puiser ces incroyables émotion et vérité qu'elle est en train de nous délivrer ?


En effet, elle est ici bouleversante de justesse. Elle nous glace en racontant ce que subit cette petite fille.
Et l'on comprend bien des choses de l'oeuvre future.


Tour au long de cette heure, ce seul en scène sera une succession de moments soit heureux, soit véritablement sombres.


D'autres tableaux vont ainsi suivre.
Le mariage avec Eugène de Ségur, la désillusion qu'engendre ce mari volage, la naissance de huit enfants.


Et puis la perte du neuvième, le petit Renaud.
Ce décès sera le déclencheur d'une terrible dépression qui durera pas moins de treize ans.
Bérengère Dautun est alors véritablement déchirante à nous raconter cette plongée dans un grand trou noir sans fond.
Des mots terribles et impitoyables.

Ce que réussissent magistralement l'auteure et la comédienne, c'est de mettre en parallèle la célébrité de cette femme de lettres, et la méconnaissance parfaite que nous pouvons avoir de sa vie.


Pour ce faire, le texte perlé, fin, léger ou grave est beaucoup plus que dit ou incarné. J'ai vraiment eu l'étrange et rare impression que la comédienne était en train de vivre l'existence de son personnage.

Faut-il du talent, tout de même, pour par exemple oser parler de la sorte de résilience, de pardon, sans tomber dans le ridicule le plus achevé ou un pathos de mauvais aloi !

C'est une heure de grand théâtre, une leçon de jeu.
Une nouvelle fois, un grand merci, Melle Dautun !

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Une fois le rideau tiré, Bérengère Dautun a une nouvelle fois accepté de répondre à mes questions.
Cette interview sera publiée ici même dans les jours qui suivent.

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