Le mikado

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y. P. -

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Le Groupe Lyrique, ensemble vocal composé d'amateurs de très, mais alors très haut niveau, s'est emparé à l'Auditorium Saint-Germain du Mikado, une opérette que l'on doit au célèbre duo britannique Gilbert et Sullivan.


Nous sommes en effet en 1885, les deux compères décident d'écrire et de mettre en musique un argument se déroulant dans un Japon de fantaisie, un Japon mi-idéalisé mi-fantasmé très en vogue à l'époque.
Un Japon d'opérette, quoi...


Dans ce pays-du-soleil-levant-là, figurez-vous que le flirt est interdit, sous peine de décapitation.
Cette interdiction va évidemment engendrer bien des péripéties, notamment pour Nanki-Pooh le fils du Mikado, obligé de s'enfuir de la cellule familiale pour cause de romance trop poussée.
Il parcourt les routes du pays en simple ménestrel et va tomber amoureux de la belle Yum Yum, hélas promise au mariage au tailleur Ko Ko.
Mais la loi anti-flirt va devoir également s'appliquer à ce Ko-Ko qui va finalement se retrouver bourreau en chef, ceci lui permettant de ne pas avoir à se décapiter lui-même.


Vous suivez ? Non ?
Peu importe.
Ce qui compte ici, ce sont les rires générés par toutes ces situations plus délirantes les unes que les autres.


Le Groupe Lyrique nous propose donc un spectacle musical de grande qualité.


Le choeur notamment m'a vraiment impressionné : j'ai entendu un ensemble cohérent, très équilibré, une vraie pâte sonore.


Les solistes ne sont pas en reste, avec notamment le ténor Alain Giron, interprétant ce pauvre Ko Ko, le baryton Mathieu Guigue (le noble Pish-Tush) , sans oublier l'autre baryton Bernard Zakia en grand Chambellan.
Non seulement ces trois-là chantent très bien, mais ils possèdent une réelle vis comica, une puissance comique et un beau jeu d'acteur.


Chez les filles, la soprano Nora Ketir est une Yum Yum de très belle tenue.


C'est Renaud Boutin qui met en scène.
Il a choisi d'associer aux chanteurs des marionnettes.
C'est une excellente idée car ce sont alors des tableaux d'une grande beauté qui se déroulent devant nos yeux.


Laurent Zaïk est à la baguette et dirige avec précision l'orchestre Bernard Thomas.


Deux éléments ont particulièrement attiré mon attention ce soir-là.


Le premier, c'est la traduction ultra-contemporaine dans notre langue du livret par Gilbert Lemasson, présent dans la salle.
Il n'a pas hésité par exemple à laisser à Bernard Zakia la possibilité de prendre des libertés en matière de texte.
Il a fait de son grand chambellan un fieffé cumulard de postes et de fonctions, y compris celle... d'attaché parlementaire.
Il ne rechigne pas non plus à accepter des pots de vin, y compris lorsque ceux-ci sont constitués de... beau costumes !
Bien entendu ces allusions, placées à bon escient déclenchent l'hilarité du public.


L'autre élément est la magnificence des costumes créés par Cécilia Delestre, en partenariat avec les étudiants en DMA Costumier-Réalisateur du lycée la Source de Nogent.


La créatrice a su saisir au vol une riche idée du metteur en scène : mélanger des costumes japonisants à des costumes de clowns, ceci générant un style décalé du plus bel effet.
Les teintures à base de plantes qu'elle utilise pour les couleurs donnent un côté organique, un côté « nature » à ces beaux habits de scène.
Solistes et marionnettes sont vêtus de la sorte, alors que les choristes sont en frac noir et blanc.

De la très belle ouvrage !

On l'aura compris, j'ai passé une soirée délicieuse, avec des amateurs qui, à ce niveau, ne le sont plus du tout.

Leur fraîcheur, leur enthousiasme, leur talent en remontreraient à beaucoup.

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A l'issue de la représentation, j'ai interviewé Cécilia Delestre, la créatrice des costumes, ainsi que des représentantes du Lycée La Source.
Elles reviendront dans un entretien passionnant sur cette aventure, sur leur métier (ou futur métier) et la passion des costumes qui est la leur.
Ce sera pour les jours qui suivent.

Publié dans Critique

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