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De la cour au jardin

Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Le médecin malgré lui

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Ce qui frappe, en arrivant au Théâtre Michel, c'est l'affiche de ce « Médecin malgré lui ».
Un « R » inversé d'une police de caractère évoquant l'alphabet cyrillique ne manque d'interpeller, ainsi qu'un costume qu'on dirait bien tout droit arrivé d'Ukraine.
Sans oublier les matriochkas !


Oui, ce Médecin, mis en scène par Charlotte Matzneff est ici transposé dans la Russie des tsars.
Faut-il s'en étonner, finalement ?

Non, bien entendu : Melle Matzneff a des origines slaves. On n'appelle pas sa compagnie « le grenier de Babouchka » pour rien.

Si ça fonctionne, cette transposition ?
Absolument !
Molière a ceci de génial (et ici, pour une fois, le mot n'est pas galvaudé) qu'on peut l'adapter à la fois temporellement et « spatialement ».
Encore faut-il en respecter scrupuleusement l'esprit.


Ici, c'est évidemment le cas.

On connaît les parti-pris principaux de cette compagnie : le texte intégral d'un grand classique et une mise en scène survitaminée, inventive, mettant en exergue en l'occurence les enjeux sociétaux et humoristiques de M. Poquelin.


Charlotte Matzneff a pris à son compte la méthode de Jean-Philippe Daguerre, le metteur attitré de la maison, pour cette nouvelle création.


Picado ! Sur scène, ça pulse !
Du rythme, du souffle, du panache, de la cohésion et de la complicité entre comédiens qui s'amusent sur scène, c'est une nouvelle fois évident !


Pour autant, la metteure en scène a su exister par elle-même.


Par l'adaptation russe, on l'a vu (Ah ! Le Russe d'Oloron-Sainte-Marie... Message subliminal à destination de Jean-Philippe Daguerre...), mais également par la création de délicieux et délicats moments musicaux chantés remarquablement par les comédiennes.


C'est ainsi que l'un d'entre eux nous est familier, de ces instants, puisque durant l'intronisation de Léandre en apothicaire, on peut écouter un magnifique "Подмосковные вечера" plus connu chez nous par sa traduction « Le temps du muguet ».
C'est tout simplement très beau de grâce et de délicatesse.


Sganarelle est interprété par un Stéphane Dauch très en forme.
Avec un accent à couper au couteau irrésistible, (et ce pendant toute la pièce, sacrée performance!), il occupe pratiquement en permanence le plateau, qu'il remplit de sa présence et de sa vis comica !
Au sortir du spectacle, il est trempé !
Chapeau ! Ou plutôt chapka !


Emilien Fabrizio et Geoffrey Callènes sont des Valère et Lucas-moujiks plus vrais que nature, jouant en plus de l'accordéon et de la guitare.


Sylvie Cavé est une Martine qui ne s'en laisse pas compter, ainsi qu'un formidable Thibault. Elle nous ravit dans ce rôle avec une gestuelle et un accent très très très « France profonde ».


Les autres comédiens Agathe Bourreau Sanchez, Jeanne Chérèze, Théo Dusoulié et Patrick Clausse sont eux aussi épatants de drôlerie et de justesse.


Comme d'habitude, un décor minimaliste se mettra en place, ici fait de tableaux-matriochkas.

 

Une nouvelle fois, mention spéciale pour la créatrice des costumes Corinne Rossi, qui est restée dans la gamme habituelle de rouges, carmins, et vermillons du meilleur effet, sur de très beaux vêtements qu'on dirait récupérés au grand théâtre de Kiev.


Vous ai-je déjà dit que j'étais un vrai fan de cette compagnie du Grenier de Babouchka ?

Oui, il me semble bien... (C'est un euphémisme...)

Cette après-midi encore, dans la salle composée majoritairement de moins de quinze ans, on aurait entendu une mouche voler.
C'est un signe qui ne trompe pas, c'est l'indice infaillible pour juger d'un spectacle d'une très grande qualité.

Спасибо за эту очень красивую работу, Шарлотта !

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