Le horla

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P.

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Après déjà plus de trois cents représentations, du festival de Bayeux à celui d'Avignon, en passant par les Feux de la Rampe, ou encore le Petit Hébertot, ce Horla, interprété par Florent Aumaître et mis en scène par Slimane Kacioui est repris au théâtre Michel, et ce, jusqu'au 27 mai prochain.
Et c'est tant mieux si ce spectacle continue ainsi son existence !


Les spectateurs finissent d'éteindre leur téléphone portable, que déjà, un son d'instruments à cordes se fait entendre, de plus en plus fort.
Un grand glissando angoissant remplit la salle au fur et à mesure que le noir tombe sur la salle.


Et le comédien apparaît.

Costume trois pièces à la fois sobre et élégant.


Su scène pour tout décor, trônent une chaise et un tréteau. C'est tout.


Florent Aumaître va commencer à dire la nouvelle de Maupassant, parue en 1887, dans la deuxième version, celle qui nous intéresse.


Tout commence sereinement et tranquillement. Le personnage raconte sa villégiature normande somme toute banale.
Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.


Et puis, insidieusement, sans que nous sentions de rupture, tout va basculer, tout va glisser.
La présence d'un hypothétique être invisible à ses côtés qu'il surnomme le Horla va le faire sombrer dans une forme de démence.

Il n'aura de cesse de se débarrasser de ce double à la fois fantastique et maléfique.


La folie, la paranoïa, la schizophrénie, l'existence supposée d'un double, voilà les thèmes que le comédien va traiter, pour nous faire douter.

Jusqu'au bout.
Car telle est la puissance de cette nouvelle fantastique : ce Horla existe-t-il, oui ou non ?


Progressivement, en suivant scrupuleusement l'auteur, Florent Aumaître nous donne à voir cette descente aux enfers que va connaître son personnage.


Au fur et à mesure que l'heure et demie se déroule, il l'accompagne et le dirige vers le gouffre, vers la solution à la fois la plus logique et la plus définitive.


L'acteur est véritablement sidérant dans sa façon de matérialiser le délire de cet homme.
Sa gestuelle, ses regards hallucinés, cette espèce de danse, de chorégraphie finale, tout ceci sera distillé de la plus belle des manières.


Le metteur en scène Slimane Kacioui et lui ont su doser les effets, l'intensité du jeu et de la voix.
Ces changements imperceptibles sont le témoignage d'une grande maîtrise artistique.


Il faut vraiment être au fait de son art pour arriver à exprimer ainsi la teneur du texte avec autant de subtilité et de force.

J'ai assisté à une vraie performance d'acteur, associant la forme au fond.


Je me suis pratiquement retrouvé en train de découvrir ce texte, au lycée Malraux, dans le cours de première de Melle Arnaudon.


Avec la même fascination, le même émerveillement.
Et le même trouble.

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A l'issue de la représentation, Florent Aumaître et Slimane Kacioui ont accepté de répondre à mes questions.
Ils reviendront sur leur travail, sur les parti-pris qui ont été les leurs, pour arriver à adapter de la plus belle des façons cette nouvelle fantastique de Maupassant.
Ce sera pour les jours qui suivent.

Publié dans Critique

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