La chose commune

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Emmanuel Bex, l'un des maîtres européens du jazz à l'orgue Hammond et David Lescot, auteur, comédien, metteur en scène et lui aussi musicien nous proposent un étonnant spectacle.


En une heure trente et en quatorze titres jazz vocaux et instrumentaux, les deux complices nous racontent l'histoire de la Commune de Paris.


D'un point de vue chronologique sont évoqués les principaux épisodes de cette épopée révolutionnaire, du déclenchement, de l'espoir, jusqu'à la sanglante répression et à la déportation à Cayenne des principales figures féminines, dont Louise Michel.


David Lescot définit d'ailleurs son spectacle comme un « album-concept live ».


Jazz et Commune, si ça fonctionne ? Oh que oui !
On peut même dire que le jazz, musique militante, revendicative, accompagnatrice des luttes de bien des minorités se prête particulièrement à cet exercice.


Le duo Bex-Lescot a bien compris le parti à tirer de ce mélange des genres.


David Lescot a écrit la plupart des textes en ayant eu soin de prendre pour caution historique Quentin Deluermoz, spécialiste des mouvements sociaux du XIXème siècle.


Emmanuel Bex a composé la musique jazz, mais également une partition aux frontières de la musique concrète, contemporaine.


Ce sont des ambiances parfois douces, feutrées, mais souvent brutales, très fortes, épiques dans lesquelles il nous plonge.
Son orgue Hammond rugit bien souvent, certes, mais il peut également sous ses doigts se montrer d'une douceur et d'une légèreté incomparables. Quel musicien !


Simon Goubert à la batterie participe lui aussi à la création de ces ambiances. Il ne se contente pas d'assurer une partie rythmique, c'est aussi un coloriste, et un bruiteur. Il faut noter son impressionnant solo qui se termine sur un sacré travail aux cymbales.

La saxophoniste alto virtuose Géraldine Laurent apporte sa vélocité au service de la mélodie, en vraie adepte du bop et du hard-bop qu'elle est.
Sa virtuosité technique cependant jamais gratuite, toujours au service du propos, est réellement enthousiasmante.


Et puis tout un travail sur la voix est engagé.
David Lescot dit ses textes, les scande, les rythme même, accompagné qu'il est de deux prestigieux camarades de scène.


Le rappeur américain Mike Ladd, pratiquant depuis longtemps déjà le spoken word, une casquette de comique troupier sur la tête, a trouvé une vraie place.
De plus, ses parties en anglais viennent comme souligner le caractère universel que êut prendre un soulèvement populaire.


La chanteuse et comédienne Elise Caron, de son timbre chaud et rond, se charge des principales parties mélodiques.


Il règne une vraie complémentarité entre ces trois artistes de la voix, c'est une vraie trouvaille que cette réunion qui fonctionne parfaitement.


Bien entendu, il me faut souligner que cette évocation historique entre en complète résonance avec la plus chaude des actualités politiques. C'est un spectacle militant, engagé.
Ce soir-là, le dernier mot de David Lescot au public sera d'ailleurs « Courage ! ».


Cette fresque jazzhistorique est un très beau moment de création artistique, avec de réels parti-pris musicaux et littéraires.


Le jazz exigeant mais passionnant de Bex et Lescot colle parfaitement à cet épisode important qu'est la Commune de Paris.
C'est une vraie réussite.

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A l'issue de la représentation, David Lescot a bien voulu répondre à mes questions. Cette interview webradio sera diffusée dans les jours qui suivent.

Publié dans Critique

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