Michaël Hirsch, pourquoi ?

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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C'est une évidence !

Michaël Hirsch aime passionnément notre langue française.

 

On ne peut pas jouer aussi finement avec elle comme il s'y prend si on ne l'aime pas, cette langue française-là !

 

Oui, le verbe est lâché : jouer.

 

Jouer avec les mots, les sonorités, proposer de façon totalement assumée et décomplexée des à-peu-près et autres calembours, voilà le propos de ce spectacle étonnant et rare, sobrement et définitivement intitulé « Pourquoi ? »

 

Durant une heure et vingt minutes, Michaël Hirsch fait s'interroger un personnage, de sa plus tendre enfance à sa plus tardive vieillesse.

 

Ces moments de vie sont l'occasion et prétexte, par le biais de ces jeux de langage, à poser, mine de rien et sans avoir l'air d'y toucher, de vraies questions sociétales.

 

Evidemment, la référence à Raymond Devos s'impose.

 

Michaël Hirsch enchaîne donc les calembours avec un naturel et une drôlerie véritablement phénoménaux.

 

On rit é-nor-mé-ment, et ce, de bout en bout du spectacle.

Non, ce n'est pas un rire gras, lourd et graveleux.

Le comédien ne fait pas appel aux « bas-instincts » du public, mais à son intelligence.

A nous de décoder, à nous de remettre les mots à leur place, à nous de retrouver les bonnes formulations, pour mieux apprécier celles de l'auteur-interprète.

 

Il nous procure comme une espèce de plaisir un peu coupable : parfois on se dit que c'est un peu gros, un peu tiré par les cheveux, mais ça nous fait tellement, tellement, tellement rire !

D'ailleurs, il joue avec ça, en feignant de trouver lui aussi qu'il exagère...

 

Les spectateurs sont également parfois encouragés à participer en étant sollicités pour proposer les réponses plus ou moins attendues aux vannes laissées en suspens...

 

A force de jongler avec les mots, se dégage une vraie poésie parfois surréaliste, au sens noble du terme.

Le sketch sur les « doigts de l'homme » est à cet égard emblématique.

Comment ne pas tomber sous le charme de cet artiste-plasticien qui propose des œuvres uniquement avec ses doigts, avec à chaque fois un titre drôlissimement « calembouré »...

 

Des moments plus acides sont proposés, comme par exemple ces allusions à un candidat à la présidentielle qui avait décidé ce jour-là d'un rassemblement au Trocadéro...

 

Autre moment qui relève de la même démarche, le passage très fin et très spirituel concernant la vision que peuvent avoir certains mâles de la condition féminine.

Et ce, avec en point de départ le fameux dicton « Femme qui rit à moitié dans ton lit... »

Ce que nous déroule ensuite le comédien est assez vertigineux.

 

Et puis un sketch hi-la-rant : pour jouer le rôle d'un psy, Michaël Hirsch a invité par le biais d'une (excellente) imitation (que je me garderai bien de vous révéler), une personnalité incontournable.

C'est énorme.

 

Oui, hélas, ces quatre-vingts minutes de rire intelligent, spirituel et poétique passent beaucoup, mais alors beaucoup trop vite !

Les longs applaudissements nourris et rythmés sont là pour témoigner du plaisir reçu à écouter et déguster les propos de Michaël Hirsch.

 

Dis M. Hirsch, tu ne pourrais pas en mettre un peu plus ?

Un prochain spectacle de la même tenue, alors !

 

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Pour prolonger ce spectacle, je n'ai pu m'empêcher de poser deux ou trois questions au comédien, juste après le show.
Ce sera pour les jours qui suivent !

Publié dans Critique

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Angeline 07/03/2017 14:46

très beau blog sur la littérature. un plaisir de me promener ici.

Yves POEY 08/03/2017 01:20

Merci à vous pour ce beau compliment qui me va droit au coeur !