Les fourberies de Scapin

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Je le revendique : je suis un vrai fan du travail de Jean-Philippe Daguerre et de la compagnie « Le grenier de Babouchka » !

Ces gens-là sont des passeurs de théâtre, des transmetteurs de passion, des déclencheurs de vocations.
Tout une génération d'enfants, dans vingt ou trente ans, se dira que c'est grâce au metteur en scène et aux comédiens du grenier de Babouchka qu'ils ont découvert et aimé le théâtre en général, le théâtre de Molière en particulier.

Avec ces Fourberies de Scapin, la méthode Daguerre ne faillit pas à son excellente réputation totalement méritée.

Tout d'abord, le texte de Molière est pris à bras le corps.
Les comédiens se l'approprient (à la virgule près, bien évidemment) mais d'une façon jouissive, moderne et décomplexée.
Oui, Molière est intemporel et supporte toutes les « audaces », y compris l'insertion du célèbre « Besame mucho »...

Le rythme, ensuite !
Ce Scapin-là est un véritable concentré d'énergie positive : les comédiens n'arrêtent pas, jouent avec un incroyable entrain : ça pulse, ça bouge, ça remue. Les corps s'attirent, se repoussent, s'étreignent.
Tout ceci est organique, viscéral. Du rythme, du rythme, du rythme ! Picado !

Nous sommes ici dans un acte théâtral dans sa plus simple et plus noble expression : sans grands moyens, avec quelques costumes et quelques accessoires, pratiquement sur des tréteaux, une bande de copains qui se connaissent bien s'amuse à jouer pour des spectateurs toutes générations confondues.
On le voit, on le ressent : cette troupe prend son pied à nous divertir grâce à M. Jean-Baptiste.

Une apparente facilité se dégage de tout cela, comme si tout allait de soi, comme si tout était naturel.
Bien entendu, il n'en est rien.
Il faut énormément de travail, dans cette façon de mettre en scène, pour atteindre cette précision quasi millimétrée.
Rien de plus difficile que d'obtenir cette mécanique infernale bien huilée, cette horlogerie-là.

Les comédiens sont évidemment les premiers rouages de cette mécanique.

Avec en tout premier lieu un Scapin débordant d'énergie, de rouerie et d'inventivité.
C'est Kamel Isker qui l'incarne, ce Scapin, en petits corsaire et gilet noirs.
De sa voix puissante et un peu éraillée, il enchante véritablement le public, en illuminant de sa présence scénique et de sa vis comica ces Fourberies.

Patrick Clausse et Pierre Benoist, les deux « pater familias » sont eux aussi épatants, en personnages souvent dépassés par les événements. Ces deux comédiens nous font énormément rire.
Mention spéciale également aux deux comédiennes Agathe Sanchez et Jeanne Chérèze qui parviennent pleinement à exister au milieu de tous ces hommes !

Il faut au passage remarquer, pour revenir à cet esprit de troupe et de théâtre de tréteaux, qu'elles accueillent le public, avant la pièce, dans les coursives du théâtre Saint-Georges.

Une nouvelle fois, j'ai assisté à un très beau moment de théâtre.
Hier encore, une salle entière composée en grande partie de très jeunes spectateurs, une salle entière a ri, a vibré, a retenu son souffle, grâce à Molière magnifiquement servi par la troupe du grenier de Babouchka.

M. Poquelin, vous pouvez être tranquille : votre œuvre est en de très bonnes mains !

Besame, besame mucho,
Como si fuera esta noche la ultima vez....

Publié dans Critique

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