La passation

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Il est des rencontres entre deux personnes qui vous font fantasmer plus que d'autres.
La rencontre qui nous préoccupe aujourd'hui relève de celles-là.


En effet, un moment dans la vie de notre République génère bien des interrogations, des questionnements légitimes et autres fantasmes, appelons un chat un chat.


Ce moment, c'est LA passation.
La passation du pouvoir entre un Président de la République sortant et son successeur nouvellement élu.


A chaque fois, c'est la même procédure institutionnelle : seuls deux hommes sont en mesure d'en savoir la substantifique moelle, de cette rencontre-là.


L'idée de Christophe Mory, l'auteur de cette comédie, est à la fois simple et complexe : il s'agit de nous transformer en petites souris présentes à la transmission du Pouvoir, symbolisant la continuité de nos institutions.
Et ceci sous les ors de la République.
(A cet égard, autant en parler tout de suite, le décor de Lydwine Labergerie est somptueux : on se croirait vraiment au Château.)


Le rideau s'ouvre.
Pierre Santini est de dos. Bretelles noires sur chemise blanche.


Il téléphone. Par ce procédé dramaturgique, il nous résume la situation.
Il a été battu, et son successeur, qu'il qualifie de « parvenu » vient se présenter à lui.


Il arrive, ce successeur. C'est l'excellent Eric Laugerias.
Son irrésistible entrée côté jardin va déclencher l'hilarité générale.
Son regard de satisfaction, de bonheur suprême, voire de concupiscence envers les lieux est épatant.
En un regard, il nous fait tout comprendre de son personnage.


Et la joute va pouvoir commencer.
Car ne nous y trompons pas, c'est le combat de la toute fraîche campagne électorale qui se poursuit, même si les élections sont terminées.
Nous allons assister à un festival de bons mots, de références souvent désopilantes et d'allusions répétées à notre vie politique française. 
Il faut être très attentif pour les saisir à la volée.
Avec également des gags jubilatoires, comme par exemple ceux concernant les téléphones présidentiels qui sont drôlissimes.


Pour autant, le regard de l'auteur est lucide. Il n'y aura pas un quelconque manichéisme sensé départager les forces du bien et du mal, à savoir les deux camps politiques (finalement assez proches) des deux candidats.

 

M. Mory a de plus une vraie connaissance de nos institutions et de leur fonctionnement, sans oublier un vrai regard sur la géopolitique internationale.


Bien entendu, ces deux hommes, le Président sortant amateur de bonne chair, de bons vins et de jolies filles, le président nouvellement élu, en « parvenu bling-bling » chaussant parfois des lunettes de soleil, ces deux hommes ne peuvent pas ne pas nous faire penser à des personnages bien réels bien connus...

C'est un vrai plaisir de voir jouer MM Santini et Laugérias.
Une vraie entente artistique et sûrement humaine, une vraie connivence règnent.
Il est clair que leur talent, leur métier, leur vis comica, associées à la mise en scène précise et à la direction d'acteurs d'Alain Sachs produisent une vraie réussite théâtrale.

On rit énormément, même lorsque sont évoqués des sujets graves, des questions importantes.
Le texte est écrit avec une vraie finesse incisive.
Il y a beaucoup de fond dans ce qui est dit, évoqué et sous-entendu.


Les deux comédiens, brillants,  savent parfaitement alterner moments de rire et de réflexion, il savent distiller ces bons mots et déclencher l'hilarité des spectateurs.

ET non, je ne vous parlerai pas de la fin de la pièce.

Christophe Mory a eu une idée vraiment épatante, qui fait que l'on ne peut parler d'unité de temps. Je n'en dis pas plus.

On notera également la voix off de Jean-Michel Aphatie et celle d'une journaliste envoyée spéciale qui connaît très bien l'Elysée, prénommée... Valérie !
Suivez mon regard...

Cette passation est donc un vrai bon moment de théâtre qui réussit le tour de force de faire énormément rire tout en faisant appréhender les tenants et les aboutissants d'un moment important de notre vie publique nationale.

Un moment bientôt d'actualité, au passage...

Publié dans Critique

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